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La consistance des êtres collectifs

 

Record

Type:   Article
 
Title:   La consistance des êtres collectifs : Mode(s) d’existence, dilemmes ontologiques et politiques
 
Author(s):   Tournay, Virginie (1975-...) - Centre de recherches politiques de Sciences Po (Author)
 
In:   SociologieS
 
Date issued:   2017-11
 
Pages:   online-  p.
 
Keywords:   [fr] Etre collectif
 
Abstract:   [fr] Nombre d’entre nous ont gardé en mémoire la production télévisée d’animation Les Shadoks mettant en scène des oiseaux rondouillards absolument ridicules, bêtes et méchants, affublés de longues pattes, de petites ailes et de quelques poils sur la tête. S’inscrivant dans le registre de l’humour absurde, les saynètes de quelques minutes racontent la mise au point d’inventions improbables, coûteuses en énergie et inutiles, lancées par ces curieux personnages. Pourquoi démarrer le préambule d’un Dossier dédié à la consistance des êtres collectifs par le contenu de ce programme de télévision qui, par ailleurs, fut considéré comme éminemment subversif au moment de sa diffusion peu avant les évènements de Mai 68 ? Parmi ces inventions, certaines ne sont pas dénuées d’enseignement pour qui s’intéresse à la production de l’intelligibilité du monde social, au décodage perceptif des intentions, ou encore à ce qui fait spontanément sens et unité dans un environnement complexe aux yeux de différents publics et observateurs. Parmi les célèbres images des Shadocks, « Parapluie pour temps sec » pourrait correspondre à l’une des figures emblématiques de cette sociologie de la perception. Elle représente un parapluie surmonté en son centre d’un réservoir fontaine qui projette de l’eau sur la partie supérieure du parapluie tandis que le Shadock qui le tient se promène avec, en toile de fond, un grand ciel bleu ensoleillé. Cette vignette humoristique illustre le profond décalage entre la fonction utilitaire d’un outil et la réalité d’un contexte qui ne justifie en rien son utilisation. Au-delà, elle met en scène de façon remarquable les mécanismes de l’« apparence trompeuse du donné » pour reprendre l’expression de Nelson Goodman (2007). Celui qui est sous le parapluie perçoit l’eau qui tombe sur le parapluie : il l’entend et en ressent corporellement les impacts sur la toile. Il est donc sensoriellement plus enclin à adhérer à l’utilité du parapluie que celui (vous, moi) qui regarde le tableau général de cette scène sans ressentir la réception de la pluie. Le Shadock sous le parapluie a donc une vision singulièrement différente du monde qui l’entoure et de sa composition d’ensemble. Cette saynète schadokienne nous fournit une porte d’entrée pour comprendre les mécanismes de perception des êtres et de l’environnement.
 
 

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