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  • Article (3)
  • Contribution à un site web (1)
À partir d’une enquête sur le travail migrant réalisée au sein d’un site industriel délocalisé, les usines de l’île Maurice, cet article explore la routine d’un salariat qui échappe à l’institution libérale du marché de l’emploi. En proposant le concept de « travail illibéral », l’article met en évidence deux dimensions de l’emploi des étrangers. Celui-ci constitue tout d’abord une marchandisation empêchée du travail, solution des employeurs locaux face à un salariat local jugé trop désinvolte et trop peu engagé dans les processus de production. Sujette à une série de règles formelles ou informelles imposées par l’État, les employeurs et leurs intermédiaires, la main-d’œuvre étrangère est en effet contrainte à une disponibilité temporelle constante permettant aux industriels d’adapter les temps de travail aux fluctuations de la demande internationale. Mais le recours à l’emploi des étrangers constitue également une réforme de l’économie morale du monde industriel mauricien, une distribution nouvelle des obligations réciproques entre le « bon travailleur » et le « juste employeur » manifeste notamment lorsqu’émergent les conflits du travail.

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In the guestworker system deployed in the Mauritian export factories, where migrants come to work on temporary contracts, employers and their labour brokers constantly need to hire new workers. And in this permanent renewal of the workforce, recruiters express their preferences for specific nationalities of employees and their disdain for others. Through in-depth interviews conducted with both employers and labour brokers, this contribution explores the production of a ‘knowledge’ on workers, a taxonomy that attributes certain qualities to certain people in the ranking of the ‘best worker’. The article contends that racialised assumptions on work ethic are intimately combined with a logic of profit maximisation, both dimensions being mutually constitutive of taxonomies at work.

Quelles factions du monde des affaires investissent – dans les deux sens du terme – la politique dans un pays en développement rapide comme l’île Maurice ? À travers l’étude du financement des campagnes électorales mauriciennes par les grandes entreprises, cet article s’oppose au modèle de l’État développemental et au postulat d’une autonomie du champ politique pour démontrer la présence de connivences spécifiques entre personnel politique et certains secteurs productifs de l’île. L’argument est que ces proximités différentielles entre élites s’expliquent d’une part par la constitution de relations État-entreprises dans le temps long, au sein d’un capitalisme « sédimenté », d’autre part par le besoin de certains groupes d’intérêt d’obtenir de l’État une distorsion du marché en leur faveur.

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Parmi les études qui ont pour sujet les demandeurs d’asile, peu nombreuses sont celles qui s’attachent à explorer leur place au sein des régimes de production et de l’organisation du travail des pays d’accueil. La gestion des migrations fait peu de cas du marché du travail local, or le succès d’une demande d’asile dépend précisément de la capacité du candidat à convaincre qu’il n’est pas un « migrant économique » bien que sa motivation soit d’un autre ordre. Penser toutefois les demandeurs d’asile dans un face-à-face unique avec l’État revient à faire des demandeurs d’asile une population d’exception, hors du monde économique et social. Dit autrement, c’est sous-estimer les « fils invisibles » (Karl Marx) qui lient les individus entre eux et qui, par la même occasion, positionnent les migrants au sein de la société « d’accueil » et de son système productif.