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in La règle et le rapporteur. Une sociologie de l'inspection Sous la direction de PILMIS Olivier, BRUNIER Sylvain Publié en 2020-04
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L’Inspection du travail en France constitue un objet abondamment étudié par les sciences sociales. Des travaux ont fait l’histoire de cette administration en montrant qu’elle illustre les ambiguïtés des politiques d’encadrement du développement industriel depuis plus d’un siècle, qui à la fois le promeuvent et cherchent à limiter les effets délétères qu’il induit pour la santé des populations [Dhoquois-Cohen, 1993 ; Reid, 1994, 1995 ; Viet, 1994]. Dans une perspective inspirée de la sociologie du droit, d’autres travaux ont fait de l’Inspection du travail un cas d’étude de la bureaucratie d’État au concret et de la manière dont est négociée la traduction des règles légales dans les activités sociales [Dodier, 1986, 1988 ; Tiano, 2003a ; Mias, 2015]. Enfin, en s’inscrivant dans une sociologie de l’État attentive aux dynamiques de managérialisation de l’action publique [Bezes, 2009], des recherches mettent en évidence la perte progressive d’autonomie des inspecteurs du travail [Szarlej et Tiano, 2013 ; Szarlej-Ligner, 2016 ; Mias 2015 ; Borraz, Merle et Wesseling, 2017]. Pour l’essentiel, ces travaux se sont intéressés aux services d’inspection dépendant directement du ministère du Travail, chargés d’inspecter les entreprises relevant du régime général (industrie et services). Pourtant, le contrôle de l’application du droit du travail a été historiquement pris en charge par des services d’inspection multiples, dont les frontières ont varié au cours du temps [Szarlej-Ligner, 2017]. En se focalisant sur le seul régime général, la plupart des travaux sur l’inspection du travail négligent par construction le poids des conflits de territoires entre administrations centrales dans l’évolution de leur objet. Dans cet article, nous proposons précisément d’éclairer une partie de cette infrastructure institutionnelle, à partir du cas de l’Inspection du travail agricole, de sa naissance à la fin des années 1930 à sa mort en 2009. [premiers paragraphes]

Le traitement administratif des alertes sanitaires connaît actuellement une forte dynamique d’institutionnalisation, marquée par l’apparition d’agences dédiées et par l’adoption de textes de loi définissant et protégeant le statut des « lanceurs d’alerte ». Une conséquence peu étudiée de ce processus est la multiplication des agents administratifs qui jouent un rôle d’intermédiaires entre les acteurs sociaux qui lancent ces alertes et ceux qui les prennent en charge. À partir de l’analyse de la circulation d’une alerte mettant en cause l’efficacité de dispositifs de réduction des risques qui conditionnent l’autorisation de mise sur le marché des pesticides, cet article montre que ces acteurs intermédiaires peuvent favoriser la domestication des alertes sanitaires, c’est-à-dire leur traduction dans des termes moins problématiques pour les politiques publiques en place.

Dans cet article, nous étudions les liens entre les transformations à l’oeuvre dans la sphère privée des familles d’agriculteurs et les modalités de la représentation publique de la profession agricole. Pour cela, nous nous interrogeons sur la place des femmes dans un mouvement d’agriculteurs qui s’estiment victimes des pesticides. Nous montrons qu’en tant que conjointes, elles constituent un appui décisif dans le parcours qui permet à leurs époux de se considérer et de se revendiquer comme des victimes des pesticides. Nous mettons également en évidence l’ambiguïté de leur positionnement dans l’action collective : reconnues comme d’indispensables relais de la mobilisation, elles restent essentiellement limitées à ce rôle d’intermédiaires, n’accédant elles-mêmes au statut de victimes qu’indirectement, par l’expérience du deuil. Si cette dernière légitime leur place au sein de l’association, elle induit également un éloignement vis-à-vis du monde agricole, générant d’inévitables tensions.

Cet article porte sur l’interaction entre mouvements sociaux et médias. À partir d’une enquête qualitative sur la médiatisation des maladies professionnelles liées aux pesticides, nous montrons comment des professionnels du journalisme ont contribué à l’engagement d’agriculteurs s’estimant victimes de ces produits dans une cause politique. Cependant, à la suite des sociologues qui ont alerté sur le risque des analyses média-centriques, nous mettons en évidence le rôle de tiers – militants environnementalistes ou professionnels du droit – dans l’interaction entre médias et victimes, et soulignons que ces dernières développent des stratégies pour maîtriser leur image médiatique et affirmer une voix politique propre dans l’espace public.

L’exposition prolongée des travailleurs agricoles aux pesticides entraîne-t-elle de nombreuses pathologies sévères, telles que les cancers ou les maladies neurodégénératives ? S’il est difficile d’apporter une réponse définitive à cette question, c’est en partie en raison de la complexité inhérente aux mécanismes biologiques en cause et des nombreuses incertitudes scientifiques qui entourent les intoxications environnementales. Depuis une dizaine d’années, cependant, plusieurs travaux de sciences sociales suggèrent que les états d’ignorance concernant l’impact des produits chimiques sur la santé ne sont pas liés uniquement à la nature complexe des interactions entre les agents toxiques et le corps humain. Les travaux sur les cas du tabac (Proctor, 2012), du réchauffement climatique global (Oreskes et Conway, 2010) et du plomb (Markowitz et Rosner, 2002) montrent en effet que l’ignorance qui entoure les effets des substances nocives pour la santé et l’environnement est en partie le produit d’une construction sociale par laquelle certains acteurs s’efforcent de cacher ces effets ou d’éviter qu’ils ne fassent l’objet d’investigation scientifique (...).

Large areas of uncertainty still surround the relationship between environmental exposure to toxic materials, on the one hand, and human health, on the other. Several historical accounts have recently shown that this state of ignorance is not only due to the complex nature of the interactions between toxic agents and human bodies. Most of these accounts cast light on the strategies set up by big corporations to hide the dangers of the toxic materials they use, sell or dispose of in the environment. The cases of tobacco smoke (Proctor 2012), global warm-ing (Oreskes and Conway, 2010) and toxic chemicals (Markowitz and Rosner, 2003) provide evidence of these strategies contributing to the “social production of ignorance” over environ-mental health issues. Until now, these accounts have tended to focus on how industry draws on specific networks of scientists, politicians and experts in regulating agencies to produce doubts about the harmfulness of their products. These approaches tend to limit the role of governing bodies to that of organizations “captured” by private interests (McGarity and Wagner 2008). In so doing, they overlook the fact that for governing bodies, ignorance can have a value in and of itself. For instance, it helps the contemporary state to reduce complex issues (Scott 1998) so as to make them “governable” (Foucault 2004). Recent environmental health studies support this thesis. The cases of indoor air pollution (Murphy 2006), of pesticides’ effects on bees (Kleinman and Suryanarayanan 2013), and of the consequences of human exposure to chemicals in the soils of post-Katrina New Orleans (Frickel and Vincent 2007), show that ignorance is a useful resource for the control of toxic chemicals in the environment. [First paragraph]

À partir du cas d’une association d’agriculteurs victimes des pesticides en France, nous proposons de rendre compte du rôle que jouent les coalitions politiques dans l’émergence et la pérennisation des mobilisations de victimes. Nous mettons en évidence le rôle tenu par une organisation proche de l’écologie politique dans la conversion de cas épars d’agriculteurs malades en une cause collective et dans la création d’une coalition autour de cette cause. Cette coalition a rapidement subi une série d’épreuves liées à la distance politique séparant ses membres. Nous identifions les facteurs qui lui permettent d’y résister et montrons que c’est au cours de ces épreuves que l’identité des victimes est négociée. Plus largement, cet article illustre l’intérêt d’analyser le travail de coalition dans la durée pour comprendre l’évolution des mobilisations victimaires.

This article analyses the effects of legal action on the mobilisation of farmworkers suffering from illnesses they link to the use of pesticides. It draws on a qualitative survey conducted with members of the Phyto-Victims Association, a protest organization comprised of sick farmworkers, their families, and the legal professionals who support them. Using this material, we retrace the paths taken by these farmworkers to obtain recognition for their status as pesticide “victims”. We describe the ambiguous effects of the law on this process at both individual and collective levels. We show how the law helps farmworkers to see their illness as an injury requiring compensation and to consider themselves as “occupational victims”. We also suggest that legal action prevents a full exploration of the responsibilities involved, and may trap farmworkers in a reductive face-off with pesticide producers.

in Le travail indépendant. Statut, activités et santé Sous la direction de CÉLÉRIER Sylvie Publié en 2014-11
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Cet article analyse les effets du recours au droit sur la mobilisation des travailleurs agricoles victimes des pesticides. Il repose sur une enquête qualitative auprès des membres de l’association Phyto-victimes, qui réunit ces agriculteurs, ainsi que de leurs proches et des professionnels du droit avec lesquels ils interagissent. À partir de ce matériau, nous retraçons les parcours suivis par les agriculteurs pour obtenir une reconnaissance de leur statut de victimes des pesticides. Nous rendons compte des effets ambigus du droit sur les parcours individuels et collectifs des exploitants exposés aux pesticides en vue de se faire reconnaître comme « victimes ». Nous montrons comment le droit aide ces derniers à prendre conscience de leur statut de victimes et à se représenter leur maladie comme un préjudice devant être indemnisé. Nous suggérons également que le recours au droit limite l’exploration des responsabilités en jeu, et risque d’enfermer les agriculteurs dans un face-à-face réducteur avec les fabricants de produits phytosanitaires.

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