Co-auteur
  • BREL Hanaline (1)
Type de Document
  • Article (4)
  • Compte-rendu d’ouvrage (1)
Cet article s’appuie sur une intervention faite le 20 mai 2015 dans le cadre du séminaire « Les sciences sociales en question : grandes controverses épistémologiques et mé-thodologiques ». Il revient sur une enquête ethnographique effectuée entre 2013 et 2014 dans la gauche libertaire de Göttingen (Allemagne). A la fois militante et chercheuse sur son terrain, l’auteure s’intéresse aux apports, implications et problèmes de cette double casquette. Dans un contexte hostile aux chercheurs, souvent assimilés aux services secret, la casquette de militante s’est avérée être une condition même de l’accès aux enquêtés et a permis d’adopter une perspective singulière sur le militantisme libertaire. Elle a nécessité cependant la mise en place d’un certain nombre de procédés d’objectivation, permettant une distanciation vis-à-vis du terrain. Enfin, elle a posé un certain nombre de questions éthiques sur le rapport enquêtrice/enquêtés.

Comment lutter contre les violences sexuelles dans les milieux militants ? Ce texte se penche sur les réflexions féministes qui traversent les gauches radicales allemande et française depuis les années 1990. Ne souhaitant pas recourir à la police ou à l’institution judiciaire, trois stratégies s’offrent aux victimes et à leurs allié·e·s : la pédagogie, via l’éducation des agresseurs, la confrontation directe et l’organisation d’une justice interne alternative. Celles-ci s’avèrent cependant souvent peu efficaces devant les soutiens que rencontrent les agresseurs, si bien que de nombreuses femmes choisissent aujourd’hui de s’auto-organiser en groupe de défense féministe non-mixte. Si elles parviennent ainsi à faire sans la police, il ne semble pas que ces pratiques alternatives permettent de maintenir l’unité des collectifs militants.

Les violences sexuelles ont peu intéressé la sociologie des mouvements sociaux. Pourtant, il n'est pas rare qu'elles fassent l'objet d'âpres débats, en particulier dans les mouvements libertaires, où les féministes réclament un positionnement collectif en faveur des victimes. Cet article prend pour objet les dénonciations de viols qui ont eu lieu entre 1989 et 2007 dans la gauche radicale de Göttingen (Allemagne). Il s'intéresse à la façon dont les féministes politisent et publicisent ces violences, ainsi qu'aux résistances qu'elles rencontrent. Il met en évidence un tournant dans les stratégies féministes développées, et fait le lien avec un changement de cadre interprétatif : durant les années 1990, les féministes adoptent un cadre d'interprétation matérialiste et une stratégie d'offensive tandis que durant les années 2000, leur cadre d'interprétation est influencé par la théorie queer, en même temps qu'elles optent pour la stratégie de la pédagogie.

À partir d’une analyse du militantisme de deux générations distinctes de féministes à Göttingen, ville universitaire allemande, cet article montre que le clivage politico-théorique entre le féminisme matérialiste et le queer n’est pas réductible à un conflit générationnel. Si l’auteure constate que le moment où les féministes ont commencé à s’engager façonne leur vision du monde, elle souligne aussi l’importance des échanges et des transmissions transgénérationnels. L’expérience partagée sur le terrain militant des années 2000 amène les féministes plus âgées, marquées par une approche matérialiste de la société, à intégrer des éléments queer dans leur militantisme, tandis que les jeunes féministes, qui se disent queer, continuent de défendre des principes matérialistes et de pratiquer la non-mixité. En s’intéressant à la pratique militante, l’article interroge ainsi l’évidence théorique du clivage entre féminismes matérialiste et queer.

1ères lignes : En France, le terme d’empowerment n’est apparu que récemment et est utilisé de manière restrictive en référence, soit aux politiques néolibérales de développement, soit aux dispositifs états-uniens de démocratie locale. Ceci est surtout dû à une méconnaissance des origines du concept et des nombreux débats dont il fait l’objet. Depuis les années 1970, dans les organisations internationales ainsi qu’aux États-Unis, l’empowerment est apparu comme un élément, tantôt de transformation sociale, tantôt de politique libérale (surresponsabilisation des individus). Même s’il renvoie toujours aux questions liées au pouvoir et au rôle politique, social et économique des individus, le terme est donc éminemment polysémique : son interprétation dépend du contexte dans lequel il est déployé et du projet politique auquel il est rattaché. À partir d’une étude menée sur trois champs de diffusion de l’empowerment (l’intervention sociale, le développement international en faveur des femmes ainsi que les politiques publiques), cet ouvrage veut aller à l’encontre d’une compréhension réductrice du concept et propose une cartographie claire et convaincante de ses différentes mobilisations.