Type
Partie ou chapitre de livre
Titre
Anticiper le phénomène extrémiste : Les cas juridiques vus par la sociophysique
Dans
Les démocraties face à l'extrémisme
Auteur(s)
GALAM Serge - Centre de recherches politiques de Sciences Po (Auteur)
MUZNY Petr - (Directeur de publication ou de collection)
Éditeur
Institut Universitaire Varenne
Pages
123 - 136 p.
ISBN
9782370320407
Mots clés
Opinion publique, Droit, Dieudonné
Résumé
FR
Le 9 janvier 2014, après un long suspense, et de nombreux rebondissements, le Conseil d’État a validé l’interdiction du spectacle de Dieudonné prévu à Nantes le soir même. Cette décision, inattendue pour beaucoup, a donné lieu à des commentaires et arguments sans fin car de nombreux aspects légitimes et contradictoires étaient et restent en jeu. Le sujet spécifique, en l’occurrence l’interdiction d’un « spectacle », étant par nature extrêmement sensible dans une société démocratique de droit, cette décision a donné lieu à une polémique passionnelle rendant difficile la formulation d’une jurisprudence claire qui, par-delà le cas Dieudonné, pourrait s’appliquer dans le futur aux autres cas qui surgiront dès lors qu’un citoyen agressera d’autres citoyens de façon non physique, mais verbale dans un cadre officiellement nommé « spectacle », ou écrite avec des caricatures ou des textes, ou par tout autre mode d’expression sous couvert d’« humour » ou d’« art ». Pour comprendre les implications de la question opérationnelle du périmètre de la liberté d’expression dans une démocratie vivante, il faut « déDieudonniser» le cas Dieudonné en le « déshabillant », si on peut dire, à la façon dont la science procède pour faire émerger l’ossature cachée sur laquelle un problème physique prend corps. C’est paradoxalement, ce qui semble être l’essentiel et qui interpelle les consciences, diverses et variées, qu’il faut mettre de côté, pour appréhender ce qu’il y a d’universel dans ce cas particulier, c’est-à-dire ce qui, par-delà le cas Dieudonné, se retrouve et se retrouvera, dans une large catégorie de situations qui, pour la plupart, n’auront en apparence rien à voir avec la question de l’interdiction d’un « spectacle ». En d’autres termes, qu’est-ce qui, dans le cas Dieudonné, est indépendant de l’antisémitisme et de la haine raciale, et qui cependant est le cœur du problème ? Ainsi, une démocratie vivante se fonde en partie sur une liberté d’ex- pression a priori et en principe sans limite. Pourtant certaines expressions prônent ou peuvent conduire à une atteinte aux personnes et ou à une remise en cause du cadre institutionnel, qui garantit entre autres cette libre expression. À partir de quand ce cadre institutionnel se doit-il d’intervenir pour interdire ce type d’expressions et sauvegarder sa propre existence et ou celle de certains de ses membres ? C’est cette question complexe qui est abordée à travers le cas Dieudonné et l’interdiction de son spectacle du 9 janvier 2014. L’analyse se fonde sur une étude sociophysique de la dynamique d’opinion dans ce qu’elle a d’universel. En particulier, il est montré que celle-ci obéit à une dynamique de seuil, et donc que la question n’est pas d’interdire des expressions individuelles, mais plutôt d’empêcher catégoriquement le franchissement par certaines opinions spécifiques de leurs seuils de basculement respectifs. Au-delà du seuil, une opinion deviendra inéluctablement l’opinion d’un groupe grossissant et, comme telle, servira de moteur irrésistible à des actions condamnables et inacceptables par le cadre démocratique impliqué. Il sera alors trop tard pour réagir. En revanche, en-deçà du seuil, il n’est pas nécessaire d’agir car l’opinion incriminée restera confinée à un petit nombre d’individus sans base collective d’action. Il faut donc intervenir avec force et sans compromis dans la région juste au-dessous du seuil de basculement de l’opinion en question. Reste à déterminer la valeur du seuil pour une opinion donnée, ce qui est une autre question.

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
EXPORT