Type
Article de presse ou magazine
Titre
Sommes-nous devenus numériquement inférieurs ?
Dans
Libération
Éditeur
FR
ISSN
03351793
Résumé
FR
Samedi 21 mai, Libération organise le Forum «qui gouverne Internet?», une journée pour débattre de la souveraineté à l’ère numérique. Inscrivez-vous ici. Nos amis Britanniques s’apprêtent à voter pour ou contre leur sortie de l’Union européenne. Les tenants du «Brexit» affirment viser le retour à une souveraineté pleine et entière, dans le droit fil de ce courant «souverainiste» qui déborde la frontière gauche/droite et qui, sans être réductible au courant populiste, en est assurément l’une des composantes. Le concept de souveraineté est un héritage de notre théologico-politique chrétien. Est souverain celui qui n’a pas de supérieur. Au regard d’une définition aussi simple et radicale, seul Dieu est capable de souveraineté. L’enjeu des théories politiques modernes, avec et autour de Jean Bodin, était de garantir l’Etat contre les aléas d’une fondation autre que politique, c’est-à-dire alors religieuse. Pour un Prince chrétien la formule du pouvoir parfait reposait sur une division du travail gouvernemental : à lui le corps des sujets, tenus dans les filets de son administration, à l’Eglise la surveillance de leurs âmes. Mais le conflit entre ces institutions était inévitable. Revendiquer la souveraineté du Prince est par définition blasphématoire, car seul Dieu n’a pas de supérieur et qu’une telle prétention récuse aussitôt l’obéissance à Dieu. La théorie politique de la souveraineté implique un pouvoir d’Etat qui n’a pas de comptes à rendre. Elle a partie liée avec la raison d’Etat. C’est le sens de l’absolutisme royal. La souveraineté du Prince était dirigée contre des puissances matérielles capables de disputer le monopole de l’Etat : l’Eglise, les sujets et les nations voisines. La souveraineté est ainsi passée du vocabulaire religieux au vocabulaire politique. (Premiers paragraphes)

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
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