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Les possibilités de subjectivation politique dans l’engagement partisan sont ici questionnées à partir d’entretiens et d’observations auprès de militantes de la branche féminine de l’AKP en Turquie. À rebours d’un raisonnement dichotomique en termes d’oppression et d’émancipation, il s’agit d’étudier les incidences de l’engagement sur les trajectoires des militantes, notamment à travers leur réappropriation des normes de genre. La notion de subjectivation politique s’applique ici dans trois domaines : la transformation des rapports quotidiens à l’espace et au temps ; la négociation des rôles familiaux et les rappels à l’ordre qui l’accompagnent ; l’accès à des rétributions symboliques, matérielles et professionnelles. L’étude des dispositifs encadrant le militantisme confirme que la subjectivation a lieu sous contrôle institutionnel, qu’elle est limitée par des cadres moraux et conditionnée à la loyauté au parti. Le processus varie toutefois en fonction de la position sociale des enquêtées, révélant l’hétérogénéité interne à l’AKP et les décalages entre l’élite et les militantes de la base du parti concernant leurs discours, leurs pratiques et leurs carrières.