Type
Web site contribution
Title
Claude Lévi-Strauss, Our Contemporary
In
Berose
Abstract
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Afin d’entrer dans le vif du sujet, commençons par une photographie : on y voit Claude Lévi-Strauss remontant la Seine de Rouen jusqu’à Paris, en pirogue en compagnie de pagayeurs indiens haïda venus de Colombie-Britannique [1]. Nous sommes à l’automne 1989, à l’occasion de l’exposition « Les Amériques de Claude Lévi-Strauss » qui se tient au Musée de l’Homme. La pirogue de 18 mètres est en cèdre rouge et a été fabriquée par un artiste indien-canadien, Bill Reid, symbole de cet art indigène de la côte nord-ouest du Pacifique millénaire en plein épanouissement et désormais reconnu comme un des plus grands dans les musées et les galeries du monde occidental. Elle remonte la Seine de Rouen à Paris où les rejoint l’anthropologue avant qu’ils soient reçus tous ensemble à la mairie par le maire de l’époque, Jacques Chirac. Il faut imaginer cette scène. La presse en rend compte partiellement [2] : durant six jours, le clapotis régulier des pagaies, les paysages normands puis franciliens défilant devant ces corps indiens ; sur la rive, des petits Français coiffés de plumes multicolores s’écrient « Les Indiens arrivent ! Les Indiens arrivent ! » ; et, enfin, l’arrivée incongrue dans une cité occidentale de la fin du XXe siècle. La puissance politique de cette mise en scène à laquelle se soumet gracieusement Lévi-Strauss, tient à la lente remontée du passé qu’elle figure, inversant symboliquement les termes de la découverte : puisque cette fois, ce sont les Indiens qui viennent à la rencontre des Blancs. La terrible rencontre du XVIe siècle inaugurant pour Lévi-Strauss le cataclysme de la modernité – à savoir la dite « découverte de l’Amérique » – est rejouée en en inversant les termes. Ce qui a été fait peut être défait. Le passé fait retour dans un présent qui, parfois, peut être rédempteur. En tout cas, on peut l’espérer. [...]

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