Type
Web site contribution
Title
Entre fascisme et République : gouverner l'Italie. Introduction
In
Histoire@Politique
Keywords
Italie, démocratie, fascisme
Abstract
FR
« Gouverner les Italiens n’est pas difficile, c’est impossible. » Par son caractère apocryphe et récurrent, cette réflexion, dont l’origine fut attribuée, selon les circonstances à Giovanni Giolitti, à l’historien et homme politique antifasciste Gaetano Salvemini, à Benito Mussolini ou plus récemment encore à Silvio Berlusconi, invite à réfléchir sur ce qui a souvent été donné comme une évidence dans le débat public et dans de nombreux travaux d’histoire et de sciences sociales en Italie comme à l’étranger : la difficulté structurelle, ou supposée telle, pour ce pays, quel que soit le régime politique en vigueur, à trouver un mode de gouvernement efficace et stable. Une évidence que viendraient conforter les nombreux néologismes que recèle la langue italienne– « malgoverno », « sgoverno », « sottogoverno » – et les crises politiques successives qui affectèrent depuis la formation de l’État-nation, l’Italie libérale puis républicaine. Tout se passe comme si le passé glorieux d’un « bon gouvernement », figuré par les fameuses fresques de Lorenzetti du Palazzo Pubblico à Sienne, demeurait un idéal inaccessible à l’époque contemporaine. Bien sûr, on pourrait considérer que les critiques récurrentes des gouvernements et des institutions constituent la marque de fabrique des démocraties libérales et représentatives, voire un signe de leur bonne santé. Pourtant, à la différence d’autres démocraties, la question du gouvernement a souvent été présentée, pour l’Italie, comme l’expression d’une forme de pathologie relevant d’un rapport spécifique et atavique des Italiens à la politique qui participerait de la prétendue « anomalie italienne » par rapport aux autres nations modernes. Cette thèse présente une origine endogène que l’on pourrait faire remonter, entre autres, à l’écrivain Giacomo Leopardi (1798-1837) dont les écrits, notamment son Discorso sopra lo stato presente de’costumi degl’italiani (1834), font écho au roman Corinne ou l’Italie (1807) de Madame de Staël. Contrairement à leur passé de grandeur, les Italiens comme l’ensemble des Méridionaux seraient moins « civilisés » que les peuples septentrionaux : cette véritable vulgate s’est progressivement installée et largement diffusée en Italie comme à l’étranger.

BIBLIOGRAPHIC QUOTE
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