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L’inde a engagé en 2009 un programme d’identification biométrique de sa population. Il s’agissait à l’origine d’un projet né au sein des entreprises informatiques basées à Bangalore, et son principal architecte, Nandan Nilekani, était d’ailleurs le patron d’une de ces grandes firmes. Leur dessein était d’utiliser les techniques du numérique et les données qu’elles permettent de recueillir à des fins économiques. Mais pour enregistrer l’ensemble de la population indienne, il fallait convaincre l’Etat de s’investir dans l’opération. L’argument qui emporta l’adhésion du gouvernement fut financier : ce programme, nommé Aadhaar, permettrait de distribuer les fonds d’aide aux pauvres en minimisant les pertes liées notamment à la corruption et à l’existence de doublons parmi les bénéficiaires. Or être identifié par Aadhaar est devenu peu à peu nécessaire pour réaliser de multiples opérations de la vie courante, y compris pour payer ses impôts. Saisie, la Cour suprême a tardé à se prononcer et n’a pas cherché à protéger la vie privée des personnes d’une manière convaincante. Aadhaar n’a pas non plus préservé la qualité des services rendus aux pauvres – loin de là – et son impact économique est encore à prouver, même si les opérateurs qui croient que data is the new oil se situent dans une perspective de long terme.

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300 000 Français sont installés de manière permanente dans la capitale britannique. Ils ne constituent pas une communauté amalgamée, mais des groupes sociaux singularisés par des différences de capital économique et de capital culturel. L’Etat français a développé à Londres un important dispositif institutionnel destiné à répondre aux besoins de cette diaspora (services consulaires, institut culturel, établissements scolaires, aides aux entreprises). Le dispositif est complété par des structures associatives dans le domaine social. Les Français de Londres disposent également de leur représentation politique : député, conseillers consulaires, conseillers à l’Association des Français de l’étranger. Ces mandats donnent lieu à des élections et à une extraterritorialisation de la politique française. Le Brexit contraint les Français de Londres – qui ont conservé leur nationalité française – à s’interroger sur l’avenir de leur statut de résident, qu’ils doivent négocier avec l’Etat britannique, et sur les nouvelles politiques migratoires du Royaume-Uni, qui rendront l’installation à Londres plus difficile.

in Etudes du CERI Sous la direction de Centre de recherches internationales Publié en 2020-05
SMITH Etienne
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S’il attire souvent l’attention médiatique pour son caractère atypique, le vote des Français de l’étranger a rarement fait l’objet d’enquêtes de terrain. L’étude des dynamiques électorales dans la neuvième circonscription des Français de l’étranger (Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest) lors des élections présidentielle et législatives de 2017 permet d’interroger les questions de « l’éligibilité » à l’étranger, des brouillages transnationaux du vote et des effets des modalités spécifiques du « faire campagne » dans des archipels électoraux caractérisés à la fois par leur fort localisme et leur insertion particulière dans des enjeux géopolitiques plus larges. Elle montre combien les sens et enjeux du vote extraterritorial sont à entrées multiples selon les acteurs impliqués (candidats, électeurs, médias locaux, autorités du pays hôte). Ce vote à l’étranger fait-il exister une communauté française à l’étranger ou révèle-t-il surtout les différenciations persistantes à l’œuvre entre communautés françaises selon l’origine, le rapport au pays « hôte » et à l’« autochtonie », le statut social et la temporalité de l’ancrage à l’étranger ?

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La guerre froide s’est terminée à l’automne 1989, lorsque les régimes communistes esteuropéens se sont effondrés les uns après les autres, sans que Moscou ait recours à la force pour tenter de bloquer les processus en cours. Deux ans plus tard, l’URSS cédait la place à quinze Etats indépendants. De profondes recompositions internationales, qui ne sont probablement pas achevées, sont issues de ces événements. Notre propos est ici de tenter de les identifier, et de cerner les perspectives qui se dégagent, trente ans après.

in Etudes du CERI Sous la direction de DE TINGUY Anne Publié en 2020-02-24
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Regards sur l’Eurasie. L’année politique est une publication annuelle du Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) dirigée par Anne de Tinguy. Elle propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

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A l'occasion de la publication de l'Etude n° 247-248, Anne de Tinguy, qui a dirigé ce volume, a répondu à nos questions. Propos recueillis par Corinne Deloy.

On peut voir dans l’Economie classique du développement l’expression d’une époque exceptionnelle, l’après-guerre, saisie dans ses aspirations progressistes les plus vastes, les plus universelles. Paix, prospérité, émancipation nationale, multilatéralisme : ces forces nouvelles se seraient en somme liguées dans ce projet d’un monde meilleur, plus juste et construit grâce à une nouvelle technologie économique. Rarement on a vu s’exprimer de manière aussi puissante l’ancrage de la pensée économique dans les idées de progrès et de raison, et dans une disposition aussi évidemment technocratique...

in Etudes du CERI Publié en 2020-01-30
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L’année 2019 a clôturé un cycle électoral ouvert en 2017. Il a été rythmé par seize élections présidentielles, dont l’Observatoire pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Opalc) s’est attaché à suivre le déroulement avec des missions de terrain destinées à tester certaines hypothèses et nourrir des analyses électorales qui seront présentées dans un ouvrage. Divers enseignements ont d’ores et déjà été tirés...

in Etudes du CERI Sous la direction de Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes, Centre de recherches internationales Publié en 2020-01-30
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Amérique latine - L’Année politique 2019 est une publication de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) du CERI-Sciences Po. Elle prolonge la démarche du site www.sciencespo.fr/opalc en offrant des clés de compréhension d’un continent en proie à des transformations profondes.

in Etudes du CERI Publié en 2020-01-30
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Les historiens débattront sans doute de précédents susceptibles d’éclairer le bilan politique de l’Amérique latine en 2019. Peu réfuteront que la région a connu une singulière accumulation de crises qui a presque fait oublier le Venezuela, paralysé par la terreur et le marasme économique : incendies dans la forêt amazonienne affectant le Brésil, le Paraguay, la Bolivie et le Pérou, incendies aussi et en forte augmentation au Chili, mise en œuvre des accords de paix menacée en Colombie, aggravation de la crise économique en Argentine à la veille des élections, consolidation de l’autoritarisme au Nicaragua, ingouvernabilité au Costa Rica et surtout au Pérou, puissantes mobilisations sociales en Equateur, au Chili et en Colombie, violences et flux migratoires dans le triangle nord de l’Amérique centrale (Guatemala, Honduras, Salvador), accusations de corruption contre le président hondurien, stagnation économique et violences au Mexique, résultats des élections contestés en Bolivie et démission d’Evo Morales, deux jours après la libération de Lula au Brésil. En comparaison, les campagnes électorales au Salvador et en Uruguay se sont déroulées de façon étonnamment calme. La région est en feu et, alors que la plupart de ces crises ont des origines endogènes, de nombreux présidents ou responsables politiques ont porté des accusations contre des puissances extérieures. Les provocations et les attaques verbales se sont succédé dans un contexte de polarisation politique inédit depuis l’époque de la guerre froide...

in Etudes du CERI Sous la direction de Centre de recherches internationales Publié en 2019-05
FAURE Samuel
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Publiée dans le contexte du Brexit, cette étude analyse la politique d’armement du Royaume-Uni pour éclairer le « double rapport » du Royaume-Uni à l’Europe : être in en prenant part à des coopérations avec d’autres Etats européens, être out en restant éloigné, voire en quittant des programmes multilatéraux en Europe. A partir de données exclusives, elle montre que la participation britannique au programme d’avion de transport militaire A400M résulte d’une stratégie portée par un assemblage d’acteurs politiques, administratifs et industriels qui, percevant l’A400M comme un « camion » plutôt que comme une « voiture de course », utilisent le cadre de coopération européenne pour maintenir le rang de l’industrie de la défense britannique. Quant à la décision de ne pas participer au programme EuroMale, elle découle d’un affaiblissement de la volonté des acteurs politiques et, concomitamment, d’un renforcement des relations conflictuelles entre les administrations et les industries françaises et britanniques. Ce faisant, cette recherche contribue à la littérature sur l’acquisition d’armements par des partenariats internationaux en études stratégiques, et à celle sur l’intégration différenciée en études européennes.

Who’s Watching the Watchmen? Corporate Security and the Manufacturing of Uncertainty in Karachi The history of industrial capitalism and its modes of domination is intimately linked to that of violent entrepreneurs deploying their coercive resources at the service of workplace discipline, the extraction of surplus value and the securitization of the accumulation cycle. The relationship between capital and coercion is always fraught with tensions, though, and sustains new vulnerabilities among securityconsuming elites. The manufacturing economy of Karachi is a particularly fertile ground for studying this endogenous production of insecurity by security devices. The relations between Karachi’s factory owners and their guards have generated their own economy of suspicion. Various attempts to conjure this shaky domination have generated new uncertainties, calling for new methods of control to keep the guards themselves under watch.

in Etudes du CERI Sous la direction de DE TINGUY Anne Publié en 2019-02
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Regards sur l’Eurasie. L’année politique est une publication annuelle du Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) dirigée par Anne de Tinguy. Elle propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

in Etudes du CERI Sous la direction de Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes, Centre de recherches internationales Publié en 2019-01
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Amérique latine - L’Année politique 2018 est une publication de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) du CERI-Sciences Po. Il prolonge la démarche du site www.sciencespo.fr/opalc en offrant des clés de compréhension d’un continent en proie à des transformations profondes.

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L’année 2018 a été placée sous le signe de crises migratoires au Venezuela et en Amérique centrale. Alimenté par l’effondrement de l’économie vénézuélienne, le drame humanitaire qui en découle et le désarroi suscité par la réélection de Nicolás Maduro, l’exode vénézuélien a été qualifié de plus grand déplacement de population de l’histoire de l’Amérique latine. Le Nicaragua a lui aussi connu une année noire, avec des manifestations contre son président Daniel Ortega réprimées dans le sang. Comme si souvent dans l’histoire de la région, les convulsions au Nicaragua se traduisent par des migrations vers le Costa Rica voisin. Parallèlement, des « caravanes » de migrants centraméricains ont tenté de se frayer un chemin jusqu’aux Etats-Unis, provoquant la colère du président Donald Trump...

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Venezuela: la elección presidencial del 20 de mayo de 2018 La elección presidencial en Venezuela durante el 2018 se desarrolló en un contexto de colapso económico que permitía predecir un posible voto castigo respecto a Nicolás Maduro, presidente desde 2013 y candidato a su propia sucesión. Pero no ocurrió así. Esta elección no fue competitiva, confirmando la deriva autoritaria del régimen bolivariano. El gobierno chavista, minoritario en el país desde la pérdida de las elecciones legislativas en diciembre de 2015, impidió la organización en 2016 de un referéndum revocatorio y organizó en 2017 una serie de elecciones empañadas de múltiples irregularidades y parcialmente boicoteadas por la oposición, que desembocaron en una amplia victoria para Maduro...

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Jalonnée de plusieurs élections importantes, 2018 a été une année charnière pour l’Amérique latine. L’élection simultanée de nouveaux présidents dans les deux économies dominantes de la région (Brésil et Mexique), une coïncidence qui n’intervient que tous les douze ans, fournit des indications sur les évolutions géopolitiques en cours1. En Colombie, l’avenir de l’accord de paix et du post-conflit était en jeu, tandis qu’au Venezuela, la dérive autoritaire du régime pouvait être enrayée ou accentuée. A Cuba, certains observateurs attendaient une hypothétique ouverture au pluralisme. Au Costa Rica, au Paraguay et au Brésil, des réalignements étaient possibles...

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La coïncidence entre les transitions démocratiques survenues en Amérique latine dans les années 1980-2000 et l’explosion de la violence dans la région a fait l’objet d’une vaste littérature. Cependant, ces travaux n’ont pas cherché à établir de liens de cause à effet, mais plutôt à dévoiler des configurations et des dynamiques d’acteurs violents. Ils ont toutefois pris en compte la transformation du modèle économique qui s’est notamment traduit par une contraction importante de l’appareil bureaucratique et la délégation de tâches au secteur privé. A la lumière de ces travaux, le texte qui suit se penche sur une dimension peu explorée : les transformations des tâches policières et leurs conséquences substantielles en termes de justice, d’équité dans l’accès à la protection et de qualité des services offerts par les agences publiques...

Un des phénomènes les plus frappants de l’histoire récente de la Chine est la trajectoire singulière d’une génération, celle qui est née dans les grandes métropoles entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1950. Ses membres ont subi de plein fouet, pour le meilleur et pour le pire, l’ensemble des convulsions et des ruptures qu’a connues le pays depuis 1949, et occupent aujourd’hui les positions dominantes dans la plupart des domaines de la vie sociale. Malgré son importance, l’histoire de cette génération qui a en partie construit la Chine actuelle a fait l’objet de peu de travaux. Les récits de vie de sept de ses représentants constituent une source d’information qui permet de recueillir le point de vue de ces acteurs et de comprendre comment ils élaborent aujourd’hui un discours autour de leur expérience personnelle. L’analyse de ce discours permet de cerner l’interaction des trajectoires individuelles avec les événements et les déterminations sociales.

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La proximité entre affaires et politique en Inde date de l’époque coloniale, lorsque les entrepreneurs finançaient les hommes politiques qui, en échange, leur épargnaient certaines des lourdeurs de la bureaucratie. Elle est restée vivace après l’indépendance, même si le socialisme officiel de Nehru l’a soumise à quelques contraintes. La libéralisation économique des années 1990, loin d’atténuer la corruption, l’a amplifiée dès lors que de gros investisseurs, attirés par l’ouverture du marché indien, ont versé d’énormes pots-de-vin aux leaders politiques, qui sont devenus eux-mêmes des hommes d’affaires n’hésitant pas à forcer la main des banques publiques pour qu’elles prêtent à des industriels de leur entourage, tandis que des hommes d’affaires se sont fait élire au Parlement, multipliant les délits d’initiés. Le capitalisme de connivence qu’on observe à l’ère Modi – tant au niveau national que dans son Etat du Gujarat – est bien illustré par sa relation à l’étoile montante du business indien, Gautam Adani. Il a un coût financier (lié à la sous-imposition des entreprises et aux créances douteuses au bilan des banques), social (dû à la sous-rémunération du travail et à une réduction des dépenses d’éducation ou de santé faute de ressources fiscales) et environnemental (les crony capitalists s’affranchissant des normes les plus élémentaires).

in Etudes du CERI Sous la direction de DE TINGUY Anne Publié en 2018-02
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Les configurations issues de la crise ukrainienne de 2014 continuent à structurer les évolutions de l’espace postsoviétique. La rupture entre l’Ukraine et la Russie, qui a contraint Moscou à se recentrer sur des projets plus limités qu’elle définit à présent dans un cadre eurasien, s’ancre dans l’espace. La conflictualité russo-occidentale marque toujours de son empreinte les rapports avec et entre les Etats de la région, et favorise une réorientation des territoires. Les conflits du Moyen-Orient, la montée en puissance de la Chine et l’imprévisibilité des Etats-Unis de Donald Trump sont d’autres facteurs d’évolution de la région.

Publié en 2017-08 Collection Bank of England staff working papers : 672
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Does the effect of monetary policy depend on the macroeconomic information released by the central bank? Because differences between central bank’s and private agents’ information sets affect private agents’ interpretation of policy decisions, this paper aims to investigate whether the publication of macroeconomic information by the central bank modifies private responses to monetary policy. We assess the non-linear effects of monetary shocks conditional on the Bank of England’s macroeconomic projections on UK private inflation expectations. We find that inflation projections modify the impact of monetary shocks. When contractionary monetary shocks are interacted with positive (negative) projections, the negative effect of policy on inflation expectations is amplified (reduced). This suggests that providing guidance about central bank future expected inflation helps private agents’ information processing, and therefore changes their response to policy decisions.

En Iran, le fait électoral s’est banalisé. Il permet l’expression de la diversité, notamment ethnique et confessionnelle, des terroirs historiques dans les provinces, et témoigne de la professionnalisation croissante de la vie politique. Paradoxalement, cette professionnalisation replie la république sur l’ordre de la famille, de la parenté, de l’autochtonie, voire du quartier ou de la sociabilité dévotionnelle – autant d’instances instillant un sentiment de proximité, de solidarité, de communion qui renvoie à la fameuse notion d’asabiyat. Selon une expression courante, la République islamique est devenue une « parentocratie » (tâyefehsâlâri). Le développement industriel du pays ne contredit pas cette pesanteur, dans la mesure où il repose sur un tissu de très petites entreprises familiales. L’analyse des élections législatives de 2016 dans quatre circonscriptions révèle l’importance dans la vie politique locale de la question foncière, indissociable de ces différentes consciences particularistes. Des lignes de continuité notabiliaire avec l’ancien régime se dévoilent, ainsi que de vieux conflits agraires que n’a pas effacés la césure révolutionnaire et qu’entretiennent ou ravivent les scrutins contemporains.

in Etudes du CERI Sous la direction de DE TINGUY Anne Publié en 2017-02
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Regards sur l’Eurasie propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

Alors que la question des réfugiés syriens a poussé un nombre croissant de pays à imposer des restrictions à leur entrée sur leur sol, près de la moitié des réfugiés syriens se trouvent dans un seul pays : la Turquie. Or celle-ci, loin de fermer sa frontière, se singularise par sa politique de porte ouverte et son engagement humanitaire de grande ampleur. L’élan de générosité ne peut seul expliquer cette politique d’asile mise en place spécialement pour les Syriens. Un certain nombre de considérations politiques indiquent une instrumentalisation de la question. L’attitude bienveillante de la Turquie peut s’expliquer par son opposition à Assad dans la crise syrienne et son souhait de jouer un rôle dans la construction d’une future Syrie, ainsi que par sa volonté de tirer des bénéfices matériels et symboliques auprès de l’Union européenne. Mais la crise de réfugiés a aussi une dimension de politique intérieure. Les différents partis (au pouvoir ou dans l’opposition) semblent utiliser la question des réfugiés de façon opportuniste, aux dépens d’un climat propice à une bonne intégration des Syriens en Turquie.

La guerre depuis 1979 et la reconstruction de l’Etat sous la tutelle occidentale depuis 2001 ont conduit à une simplification identitaire de la société afghane, sous la double forme d’une invention de l’ethnicité et de la tradition – un processus dont l’enjeu véritable est le contrôle ou l’appropriation des ressources politiques et économiques du pays. Le Hazarajat est un remarquable site d’observation de cette évolution. Son histoire a été marquée par son intégration coercitive, à la fin du xixe siècle, à l’Etat afghan en formation. Sa population, de confession chiite, s’est vue reléguée à une condition de subalternité dont elle n’est progressivement sortie qu’à la faveur du djihad contre l’occupation soviétique, dans les années 1980, et de l’intervention américaine en 2001, au prix de l’ethnicisation de sa conscience sociale et politique. Mais l’ethnicité repose sur une économie morale et politique moins communautaire qu’inégalitaire. Succédant à la guerre, l’aide à la reconstruction de l’Etat tend à polariser les rapports sociaux, tout en renforçant leur ethnicisation : les bailleurs de fonds et les ONG demeurent prisonniers d’une approche culturaliste, sinon orientaliste, du pays, qu’ils contribuent de la sorte à « traditionaliser », tandis que l’aide au développement déstabilise la société « traditionnelle » en accélérant sa monétarisation et sa marchandisation.

in Etudes du CERI Sous la direction de DE TINGUY Anne Publié en 2016-02
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Regards sur l’Eurasie propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

L’AKP, Parti de la Justice et du Développement, s’est maintenu au pouvoir en Turquie depuis 2002. Loin d’une usure du pouvoir, il a consolidé le soutien électoral de couches sociales diversifiées, réunissant une large partie des milieux populaires et de la classe moyenne en pleine expansion, mais aussi des milieux d’affaires. L’implantation de l’AKP tient à la manière dont ce parti s’est inséré au coeur de nombreux secteurs économiques et sociaux : bien qu’acquis aux principes de diminution de la sphère publique et de la délégation au privé, l’AKP n’a pas restreint le périmètre d’intervention de l’État. Au contraire, il est intervenu de manière accrue dans certains secteurs (politique sociale, logement). Il l’a fait de manière indirecte, en prenant appui sur des intermédiaires et alliés privés (entreprises, associations) qu’il a favorisés. Ainsi, l’AKP a mis en place et systématisé des modes de redistribution faisant intervenir des hommes d’affaires conservateurs bénéficiant de proximités avec les décideurs, milieu associatif charitable et couches sociales défavorisées. Ces politiques publiques ont reconfiguré différents secteurs sociaux dans un sens favorable à l’emprise du parti.

Juvenile delinquency has fueled debate in Russian society for many years. Numerous associations, NGOs and international organizations have raised public awareness of the problem and have encouraged the government to place judicial reform on its agenda. However, debate over institution of the reform, the various possible models and how to structure the relationship between social and judicial institutions has been limited. Discussion has instead focused on the relative priorities to be given to the interests of children versus those of the family, so-called traditional versus liberal values, and the extent to which the state should interfere in the private lives of Russian citizens. Discussion of the actual situation of youths at risk and the concrete problems posed by reform has been overshadowed by rumors, encouraged by a discourse of fear in an increasingly violent society that tends to distort the real problems. Additionally, implementation of international norms and judicial reform has been largely blocked by the patriotic agenda of the state.

La question du traitement des mineurs délinquants enflamme la société russe depuis de nombreuses années. Plusieurs associations, ONG et organisations internationales ont alerté l’opinion publique sur la situation de l’enfance dans le pays et incité l’Etat à inscrire la réforme de la justice des mineurs à son calendrier politique. Mais les débats autour de sa mise en place, de ses différents modèles possibles et des formes à donner aux relations entre institutions sociales et judiciaires sont restés limités. Ils ont été dépassés par d’autres enjeux plus larges, tels la priorité qu’il faudrait ou non accorder aux enfants par rapport à leur famille, la place des valeurs dites « traditionnelles » par rapport aux valeurs libérales, et le degré d’intrusion possible de l’Etat dans la vie privée des citoyens russes. La discussion sur la situation réelle des enfants à risque et les problèmes concrets posés par la réforme a été remplacée par une rumeur, nourrie par un discours de crainte dans une société de plus en plus violente, qui déforme les problèmes véritables. L’implémentation des normes internationales et la mise en place d’une réforme de la justice des mineurs semblent en outre largement entravées par l’agenda patriotique de l’Etat. [Résumé de l'éditeur]

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