Co-auteur
  • DUHAUTOIS Sibylle (1)
  • Centre d'histoire de Sciences Po (1)
  • ROSENTAL Paul-Andre (1)
Type de Document
  • Article (3)
  • Thèse de doctorat (1)
  • Numéro de périodique (1)
in Histoire@Politique Sous la direction de DUHAUTOIS Sibylle, WANECQ Charles-Antoine, Centre d'histoire de Sciences Po Publié en 2019-12
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"Dans un dossier consacré à la question des temporalités dans le monde arabe, Sylvia Chiffoleau indiquait en 2012 que l’histoire du temps « [restait] en grande partie à venir ». Ce constat, qui s’appliquait au monde arabe, pourrait être étendu à bien d’autres domaines de l’historiographie qui n’ont pas encore vu leurs spécialistes se livrer à une exploration de leurs objets au prisme des temporalités. Les contributions réunies dans ce dossier cherchent à enrichir ce questionnement en considérant le temps comme une catégorie investie par différents acteurs à l’époque contemporaine. Soulignons d’emblée le caractère paradoxal de traiter spécifiquement la question du temps, « matériau fondamental des historiens », pour reprendre l’expression de Jacques Le Goff. Le propre du chercheur est en effet de réfléchir sur le temps et sa périodisation, de créer des chronologies, de donner sens à des séquences temporelles bien délimitées et de redonner à l’événement une place problématique dans le déroulement du temps : à partir de quand considère-t-on qu’un épisode historique fait date ? Quelle est l’épaisseur temporelle d’un événement ? Les travaux fondateurs de Reinhart Koselleck ont démontré l’importance d’historiciser le rapport des acteurs au temps en mettant en évidence les divers bouleversements culturels et sociaux provoqués par la transition entre le temps circulaire, répété, de l’Ancien Régime et le temps plus linéaire, tourné vers des expériences sans précédent dans le passé qui s’impose en Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle. Depuis une quinzaine d’années, la notion de « régime d’historicité » a connu un succès important, au point de s’imposer dans l’analyse historienne comme la marque d’une lecture plus fine et plus approfondie de la signification des processus historiques. Elle permet de décrire une époque au prisme de la relation que ses acteurs entretiennent collectivement avec le temps et plus spécifiquement le passé, le présent et le futur.

Cet article se consacre au développement du secourisme au sein des dispositifs de gestion des risques au travail de la fin des années 1940 au tournant des années 1970. Alors que la prévention donne lieu à une réflexion dense, portée notamment en France par l’Institut national de sécurité, l’enseignement des gestes de premiers secours, relativement marginal, demeure aux mains des associations de secourisme. La Sécurité sociale comme les employeurs ont pourtant un intérêt financier et humain à réduire les risques engendrés par l’accident lui-même. L’article cherche donc à analyser le rôle du monde associatif dans l’élaboration de l’État social à travers l’exemple peu connu du sauvetage-secourisme du travail.

Cette thèse porte sur l’élaboration et les usages sociaux de la notion d’urgence vitale dans la France contemporaine. Entendue comme la nécessité d’agir vite pour éviter une mort probable, l’urgence constitue un mode de plus en plus ordinaire de prise en charge des pathologies. À partir d’une étude de sources multiples, médicales, administratives, hospitalières ou encore associatives, cette recherche doctorale propose de saisir les logiques sociales, économiques et politiques que suscite un accident, lorsqu’une ou plusieurs vies humaines sont menacées. Alors que, dans l’entre-deux-guerres, les innovations médico-chirurgicales de la Première Guerre mondiale ne trouvent que rarement une traduction dans le monde civil, le risque nucléaire et l’augmentation rapide de la mortalité routière contribuent à la mise en œuvre d’une politique publique d’organisation des secours d’urgence, orchestrée par un bureau du ministère de la Santé et centrée sur l’hôpital public. Fondée sur une analyse de la division du travail et des dispositifs techniques qui rendent possible la rationalisation de l’offre de secours, la thèse replace les débats qui portent sur la valeur accordée aux vies humaines dans l’histoire de la santé et des institutions en charge de la protection des populations.

Autour de 1960, le bouche-à-bouche et le massage cardiaque externe, dont la pertinence est d’abord mise en évidence aux États-Unis, sont reconnus par le corps médical français comme les deux méthodes les plus efficaces en situation de détresse vitale et adoptés pour standardiser l’enseignement des premiers secours. À partir de l’étude de la légitimation de ces procédés, cet article propose d’explorer le processus de construction scientifique et institutionnelle de la notion d’urgence médicale dans la France de l’après-guerre, à partir des dimensions techniques qui contribuent à sa définition.

Cet article vise à analyser la concurrence entre institutions et acteurs chargés de la réception et du traitement des appels urgents à Paris, en particulier dans le domaine des urgences médicales, ainsi que les dispositifs techniques qui permettent ces communications dans l’espace urbain. D’abord liée à une conception policière de la gestion de l’ordre public dans l’entre-deux-guerres, l’alerte des services d’urgence fait l’objet d’un discours médical à partir des années 1950. La gestion médicalisée de l’alerte devient un argument en faveur de l’amélioration de l’efficacité des secours. Le développement de l’équipement téléphonique et de nouvelles pratiques de santé contribue enfin à la formulation d’une critique des usages sociaux de ces services en même temps qu’à un réajustement de leur fonction. Véritable expertise médicale, la pratique de la régulation est ainsi une réponse au besoin de rationaliser les flux dans l’espace urbain.