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in Economie et statistique Publication date 2019-12
AGHION Philippe
BUNEL Simon
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Dans cet article, nous défendons l’idée que les effets de l’intelligence artificielle (IA) et de l’automatisation sur la croissance et l’emploi dépendent pour une large part des institutions et des politiques. Notre analyse s’articule en deux temps. Dans une première partie, nous démontrons que l’IA peut stimuler la croissance en remplaçant la main‑d’oeuvre par du capital, tant en matière de production de biens et services que de production d’idées. Toutefois, nous soutenons que l’IA peut inhiber la croissance si elle est associée à une politique concurrentielle inadaptée. Dans une seconde partie, nous discutons l’effet de la robotisation sur l’emploi en France au cours de la période 1994‑2014. D’après notre analyse empirique sur données françaises, nous démontrons premièrement que la robotisation réduit l’emploi global au niveau des zones d’emploi, et deuxièmement que les travailleurs ayant un faible niveau d’éducation sont davantage pénalisés par la robotisation que les travailleurs ayant un fort niveau d’éducation. Ce constat suggère que des politiques inadaptées en matière de marché du travail et d’éducation réduisent l’impact positif que l’IA et l’automatisation pourraient avoir sur l’emploi.

Après un pic de croissance en 2017, l'activité économique mondiale donne des signes d'essoufflement. En 2018, le PIB mondial a progressé de 3,3 % contre 3,5 % un an plus tôt. Les nuages ont continué à s'accumuler au cours du premier semestre 2019 en lien avec des tensions géopolitiques accrues. En Europe, les conditions du Brexit restent incertaines et la situation politique en Italie connaît de nouveaux rebondissements. La guerre commerciale sino-américaine se poursuit et un nouveau front entre les États-Unis et l'Europe s'ouvre, élevant le degré d'incertitude. Les enquêtes de confiance se sont dégradées, en particulier dans l'industrie, touchée également par une crise du secteur automobile. Dans un contexte marqué par la poursuite du changement de modèle de croissance chinois et la perspective de fin du cycle d'expansion en Allemagne ou aux États-Unis, ces différents signaux laissent entrevoir la poursuite et l'amplification du ralentissement en 2019 et 2020. La croissance a déjà perdu 1,8 point dans la zone euro entre la fin de l'année 2017 et mi-2019 avec une forte chute de la croissance allemande. Aux États-Unis, l'évolution récente reflète un atterrissage de la croissance mais à un niveau qui reste supérieur à celui de la zone euro. La croissance a été plus volatile au Royaume-Uni, alors que les conditions du Brexit ne sont toujours pas éclaircies. Après un bon premier trimestre, le PIB a reculé au deuxième trimestre. Parmi les pays émergents, l'Inde et la Chine voient leur croissance diminuer. La situation sur le marché du travail ne reflète pas encore cette dégradation du climat conjoncturel. Les taux de chômage ont baissé dans la plupart des pays, atteignant des points historiquement bas comme aux États-Unis ou en Allemagne ou retrouvant le niveau d'avant la Grande récession comme dans la zone euro. L'évolution de la croissance mondiale est donc suspendue à des accords politiques et commerciaux qui n'ont pu être finalisés jusqu'ici. Le risque de négociations rompues sur le commerce ou d'un Brexit précipité provoquerait une récession au Royaume-Uni et entraînerait la croissance mondiale dans une zone de turbulences bien plus fortes avec un risque de récession. Dans ce contexte se pose la question de la capacité des autorités monétaires et budgétaires à amortir le ralentissement et une éventuelle récession. La baisse des taux redonne de fait des marges de manœuvre aux pays européens pour mener des politiques de soutien à la croissance.

 Après un pic de croissance en 2017, l'activité économique mondiale donne des signes d'essoufflement. Nous anticipons que l'activité progresserait de 1,7 % dans les pays industrialisés et de 3,7 % dans les pays émergents contre 2,2 % et 4,2 % respectivement en 2018. La croissance mondiale se stabiliserait à 2,8 % puis 2,9 % en 2020 et 2021.  Dans le cas d'un Brexit sans accord, nous anticipons une récession de -1,1 % dès 2020 au Royaume-Uni. L'effet sur la croissance française serait modéré, avec une croissance annuelle amputée de 0,2 point la première année.  Pour la France, après une année de forte croissance (2,4 % en 2017), l'année 2018 a été marquée par un franc ralentissement (1,7 %). La croissance française, en glissement annuel, est ainsi passée en l'espace d'un an de 3 % à la fin 2017 à 1,2 % fin 2018.  Cependant, malgré le ralentissement de nos principaux partenaires commerciaux, Allemagne en tête, l'activité française résisterait en 2019 à 1,3 %, poussée par les mesures fiscales à destination des ménages, affichant pour la première fois depuis six ans une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro hors France.  En 2020, tirée par une demande interne relativement dynamique grâce à une politique budgétaire encore en soutien, l'économie française maintiendrait un rythme de croissance de 1,3 %. En 2021, l'effort de consolidation budgétaire attendu conduirait la croissance française à revenir à son rythme potentiel de 1,2 %.  En 2019, soutenue par les mesures socio-fiscales (12 milliards, soit 0,9 point de RDB), le pouvoir d'achat des ménages augmenterait fortement (+2,4 %), sa plus forte hausse depuis 2007.  Cette nette amélioration du pouvoir d'achat n'a pas eu pour le moment les effets escomptés sur la consommation des ménages du fait d'une hausse du taux d'épargne qui s'apparente à une épargne de précaution, autre que celle liée au chômage.  Le taux de chômage passerait de 8,5 % actuellement à 8,3 % fin 2019, 8,2 % fin 2020 et 8,0 % fin 2021.  La trajectoire économique française se ferait au détriment du respect des règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance, avec une réduction du déficit public structurel rapporté au PIB inférieure aux préconisations des traités européens. La dette publique, quant à elle, serait de 98,9 % du PIB en 2019 et 2020 (après 98,4 % en 2018), avant d'amorcer un début de réduction en 2021, année où elle atteindrait 98,5 % du PIB.

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Dans cet article, nous étudions l'impact de la loi de finances 2018 (LF2018) sur les taux d'imposition marginaux supérieurs. Nous revenons d'abord sur l'évolution de la fiscalité du capital au cours du temps, son incidence sur les choix économiques et sur la mesure des taux marginaux d'imposition. Nous discutons ensuite des arguments économiques qui ont conduit à l'adoption du prélèvement forfaitaire unique (PFU) et à la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Enfin, nous calculons les taux marginaux économiques avant réforme pour différentes classes d'actifs, puis évaluons l'impact de la loi de finances 2018. Nous montrons que le remplacement de l'ISF par l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) a permis de ramener les taux marginaux supérieurs en dessous de 100 %. Nos calculs mettent également en évidence deux effets de la réforme sur l'assurance vie : le PFU réduit la fiscalité pour des retraits avant 8 ans ; pour la partie des contrats supérieure à 150 000 euros, la fiscalité devient indépendante de l'horizon de détention. L'imposition des plus-values réalisées sur valeurs mobilières ne dépend également plus de l'horizon de détention. De plus, la baisse de l'impôt sur les sociétés contribue à réduire les taux marginaux de façon non négligeable. Enfin, c'est au niveau des revenus obligataires que la baisse de fiscalité est la plus forte.

Avec une dette publique s'élevant à 132,1 % du PIB et une croissance négative de la productivité au cours des vingt dernières années, l'Italie semble prise au piège d'un endettement élevé et d'une faible croissance. Nous nous concentrons sur les facteurs à l'origine de ces deux fléaux en Italie, et examinons de quelle façon ils sont intimement liés : une croissance atone limite les marges de manœuvre budgétaires et sème le doute sur la viabilité de la dette publique ; la réduction de l'espace budgétaire et les règles budgétaires strictes pèsent à leur tour sur la croissance et les investissements publics. Dans la première partie, nous discutons des racines de l'explosion de la dette publique italienne, des tentatives de consolidation budgétaire du pays dans les années 1990 et au début des années 2000, et enfin des effets de la grande récession et de l'austérité budgétaire. Dans la deuxième partie, nous identifions les faiblesses structurelles de l'économie italienne. Nous soulignons notamment le biais de spécialisation vers les secteurs à faible technologie, le « nanisme » des entreprises italiennes, la mauvaise allocation des talents et des ressources, la fracture Nord-Sud et ses conséquences sur le marché du travail. Nous concluons par quelques recommandations politiques pour une relance de la croissance en Italie. Notre première proposition plaide pour des politiques industrielles favorisant l'accumulation des connaissances et l'apprentissage. La deuxième proposition prévoit une nouvelle règle d'or budgétaire européenne qui exclurait certains investissements publics spécifiques du calcul du solde primaire structurel. Notre troisième proposition porte sur la réglementation du marché du travail et préconise l'introduction d'un salaire minimum d'une part, et la facilitation des politiques de reconversion professionnelle d'autre part. Notre quatrième proposition souligne la nécessité de parachever l'Union bancaire et de résoudre le problème des prêts non performants afin d'améliorer la solidité du secteur bancaire italien. Enfin, nous concluons que le sort de l'Italie est inextricablement lié à celui de l'Europe et que l'Italie a besoin de davantage d'Europe pour échapper à son endettement élevé et à son faible taux de croissance.

Depuis 20 ans, l’Italie apparaît prisonnière d’une faible croissance, d’un endettement élevé et de faiblesses structurelles, exacerbées par la Grande récession de 2008. Ainsi, en 2018, le PIB par habitant en volume, corrigé des parités de pouvoir d’achat, atteint le même niveau qu’en 1999 (graphique 1). L’Italie est désormais devancée par l’Espagne ; elle est également le seul des quatre grands pays de la zone euro qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise. Dans un Policy brief intitulé « Italie : sortir du double piège de l’endettement élevé et de la faible croissance », après avoir étudié l’historique de l’endettement public, nous tentons de cerner les causes de la stagnation italienne, qui s’illustre également par la baisse de la productivité globale des facteurs (graphique 2). Le graphique 2 montre que cette productivité globale des facteurs en Italie a connu une baisse cumulée de 7,9 % au cours des 20 dernières années. Ceci contraste avec les gains d’efficacité enregistrés en France et en Allemagne, où la productivité a augmenté respectivement de 4,1 % et 7,9 %.

Publication date 2019-05 Collection Working paper de l'OFCE : 07/2019
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With its public debt amounting to 132.1% of GDP and its negative productivity growth over the last twenty years, Italy appears to be the sick man of the European Union. In this Policy brief, we focus on its two main plights: high public debt burden on the one hand, sluggish GDP and productivity growth on the other hand. Both issues are intimately related: a slow growth limits the budgetary margins and casts doubts on public debt sustainability; the reduced fiscal space in turn weighs on growth and public investment. The first part is dedicated to describing the history and causes of Italian public debt. A first phase, from the 1960s to the 1980s, was characterized by a positive but moderate growth of debt. A second phase saw the explosion of public debt, from 54% of GDP in 1980 to roughly 117% in 1994. The budget law of the Amato's government in 1992 initiated a third phase, marked by a significant fiscal consolidation effort, and the decrease of the public debt to GDP ratio. The Great Recession interrupted this consolidation era and a last phase began from 2008 on, when the public debt-to-GDP ratio consequently increased. In the second part, we review some of the structural weaknesses of the Italian economy. We notably emphasize the specialization bias towards low tech sectors, the “nanism” of Italian firms, the misallocation of talents and resources, the North-South divide and its related labor market consequences. We conclude with four policy recommendations for a revival of growth in Italy. Our first proposal is technical and proposes a new European fiscal golden rule which would remove specific public investments from the computation of structural primary balance. Our second and third proposals are related to the regulation of the labor market, with the introduction of a minimum wage on the one hand, and the facilitation of retraining policies on the other hand. Last, we call for a revival of industrial policies in order to foster knowledge accumulation and firm learning. Our view is that Italy's fate is inextricably related to Europe's and that Italy needs more rather than less Europe.

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With public debt amounting to 132.1% of GDP and negative productivity growth over the last twenty years, Italy appears to be stuck in a high-debt and low-growth trap. We focus on the causes of Italy's two main economic plights and discuss how they are intimately related: a slow growth limits the budgetary margins and casts doubts on public debt sustainability; the reduced fiscal space and the tight fiscal rules in turn weighs on growth and public investment. In the first part, we discuss the roots of the explosion of Italian public debt, the country's consolidation attempts in the 1990s and early 2000s and finally, the effects of the Great Recession and fiscal austerity. In the second part, we identify the structural weaknesses of the Italian economy. We notably emphasize the specialization bias towards low tech sectors, the “nanism” of Italian firms, the misallocation of talents and resources, the North-South divide and its related labor market consequences. We conclude with some policy recommendations for a revival of growth in Italy. Our first proposal calls for industrial policies which foster knowledge accumulation and firm learning. The second proposal envisages a new European fiscal golden rule which would remove specific public investments from the computation of structural primary balance. Our third proposal is instead related to labor market regulation, and advocates for the introduction of a minimum wage on the one hand, and the facilitation of retraining policies on the other hand. Our fourth proposal highlights the need to complete the banking union and to solve the issue of non-performing loans in order to improve the robustness of the Italian banking sector. Lastly, we conclude that Italy's fate is inextricably related to Europe's and that Italy needs more rather than less Europe to escape its high-debt and low-growth trap

Depuis la Grande Récession de 2009, l’économie mondiale a d’abord connu une phase de rebond – en 2010 et 2011 – puis a cru à un rythme annuel moyen de 3,3 % entre 2012 et 2017. L’accélération observée en 2017 avec une progression du PIB mondial de 3,5 %, notamment soutenue par la reprise plus tardive de la zone euro, a fait naître l’espoir d’un rythme de croissance plus soutenu qui aurait permis de résorber les déséquilibres – chômage et/ou dette publique – hérités de la crise. Le ralentissement de l’activité observé au premier semestre 2018 et qui s’est amplifié en fin d’année augure d’un scénario moins favorable. Les tensions commerciales, les difficiles négociations du Brexit, la baisse de croissance chinoise et l’application de nouvelles normes dans le secteur automobile ont cassé la dynamique de croissance qui est revenue à 3,3 % en 2018. De nombreuses enquêtes conjoncturelles laissent présager la poursuite de ce mouvement en début d’année 2019. Certains indicateurs, plus alarmistes comme l’évolution de la courbe des taux aux États-Unis, suggèrent une probabilité de récession plus élevée1

A ce jour, la mise en place du troisième pilier de l'Union bancaire, à savoir la création d'une assurance européenne des dépôts, est bloquée. Certains pays – à l'instar de l'Allemagne ou des Pays-Bas – arguent en effet que le risque de défaut bancaire est encore trop hétérogène en zone euro pour permettre une mutualisation des garanties de dépôts. Notre article s'intéresse à la façon de résoudre le « problème » des prêts non performants (PNP) afin de sortir de cette impasse et d'achever enfin l'Union bancaire. L'achèvement de celle-ci est crucial pour restaurer la confiance et permettre l'émergence d'un marché bancaire intégré. Notre état des lieux montre que : 1) Les PNP atteignent encore des niveaux inquiétants dans certains pays. La situation est alarmante pour Chypre et la Grèce où les PNP nets des provisions représentent plus de 20 % du PIB tandis que la situation est « seulement » préoccupante pour la Slovénie, l'Irlande, l'Italie et le Portugal où les PNP nets des provisions sont compris entre 5 et 8 % du PIB ; 2) Au total, fin 2017, le montant de PNP non provisionné pour la zone euro s'établissait à 395 milliards d'euros, soit l'équivalent de 3,5 % du PIB de la zone euro. Considéré à cette dernière échelle, le « problème » des PNP non provisionnés apparaît donc plus modeste. Au-delà des solutions privées consistant en abandon de créances, provisionnement, titrisation et création de bad banks, nous concluons que ce sont les autorités publiques au niveau européen qui disposent in fine des moyens d'action les plus importants. Leurs leviers sont multiples : ils incluent la définition du cadre réglementaire et institutionnel, la supervision par la BCE qui pourrait être étendue à davantage de banques, sans oublier les politiques monétaire et budgétaire au niveau de la zone euro qui pourraient être mobilisées pour acheter des créances douteuses ou entrer au capital de banques en situation de détresse financière.

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