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Politique et sociale, plutôt que religieuse, la révolution de 1979 a débouché en Iran sur l’instauration d’une République islamique. Reposant simultanément sur la légitimité du suffrage universel et sur la légitimité islamique, elle a pourtant rapidement fait prévaloir la raison d’État. Dépeindre la République islamique d’Iran au prisme des relations entre sphères publique et privée, profondément transformées par la révolution et l’institutionnalisation du régime, permet de dresser le portrait kaléidoscopique d’un régime quadragénaire dont on a déjà maintes fois prédit la fin prochaine.

La vie politique iranienne est particulièrement complexe et changeante, notamment à travers des élections régulières depuis la révolution de 1979. Les débats nationaux entre « conservateurs » et « réformateurs » sont loin de refléter la réalité de l’équilibre des forces, des conflits et des dynamiques à l’œuvre dans le pays. L’analyse détaillée des élections législatives de 2016 dans deux circonscriptions de Khorasân (Torbat-e Jam / Tâyebâd et Sarakhs / Farimân) montre la place des conflits liés à la terre, le poids des personnalités et des institutions religieuses (le poète Jâmi et surtout Astân-e Qods), des relations personnelles, des intrigues et des solidarités ethniques ou plutôt claniques avec la multitude de populations diverses, souvent réfugiées dans cette province frontalière de l’Afghanistan et du Turkménistan. Cette dynamique locale complexe n’est ni « traditionnelle » ni caractéristique d’une région « périphérique », elle doit être prise en compte car elle fait désormais partie du contexte politique national.

Alors que la guerre de Syrie, l'accord nucléaire de 2015, la lutte contre Daech et la dégradation des relations entre les pétromonarchies et Téhéran placent la République islamique d'Iran au cœur du jeu régional, la nécessité de mieux comprendre les soubassements de celui-ci se fait sentir. La scène religieuse en est l'un des éléments, que l'on connaît mal, faute de travail de terrain, et que l'on a tendance, de ce fait, à caricaturer. L'étude que je me propose de réaliser reposera sur l'analyse de la maisonnée (beyt) d'un clerc afghan, enseignant depuis les années 1970 à Qom tout en exerçant des fonctions importantes à Kaboul : l'ayatollah Mohammad Hashem Salehi. Ce dernier m'a donné son accord pour me recevoir à Qom et le suivre dans ses pérégrinations régionales à cheval sur l'Iran, l'Irak et l'Afghanistan, tout au long des années 2017-2018...

in Analyse opinion critique Publié en 2018-01-26
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La République islamique semble prise dans un effet de ciseaux. Depuis sa naissance, elle a fait de la famille le principal pilier de sa stabilité et de sa légitimité. Mais la crise de cette dernière menace maintenant de l'ébranler.

in Revue internationale de politique de développement - International Development Policy Publié en 2017-09
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L’aide étrangère destinée depuis 2001 à la (re)construction de l’État afghan a paradoxalement amplifié l’ethnicisation et la confessionnalisation des rapports économiques et politiques, en totale contradiction avec les critères de bonne gouvernance prônés par les bailleurs de fonds. Les conflits d’apparence traditionnelle ou identitaire se sont multipliés, renvoyant en fait à des contradictions plus fondamentales entre la représentation culturaliste de la société afghane et les effets de l’insertion du pays dans l’économie capitaliste mondiale. Ainsi, le fait de rendre la radicalisation islamique, la polarisation ethnique ou l’atavisme tribal responsables de la violence sociale et politique en Afghanistan dénote d’une vision incomplète de la situation, dans la mesure où celle-ci ne tient pas compte des transformations de la société et des nouveaux enjeux de cette conflictualité supposée traditionnelle.

L’Arbain est un pèlerinage qui célèbre le quarantième jour de la mort de l’imam Hossein, sur les lieux saints d’Irak, et rassemble chaque année quelque 20 millions de pèlerins chiites, dont deux millions d’Iraniens en 2016. Son enjeu économique et stratégique est notable. Une pluralité d’acteurs de la République islamique, les uns publics, les autres privés, les uns politiques, les autres religieux, sont partie prenante de ce qui est devenu une forme de tourisme de masse et de proximité, par rapport au hadj ou aux séjours, difficiles et coûteux, dans le monde occidental. Se développe ainsi un savoir-faire pratique et économique du voyage. Il s’ensuit une multitude de connexions entre les pèlerins iraniens, parfois issus de la diaspora, et la société irakienne. Par ailleurs, les lieux saints d’Irak voient se déployer l’iconographie nationale et révolutionnaire iranienne autour de la figure centrale de l’imam Hossein. L’Arbain est une figure imaginaire, qui repose sur l’indiscernabilité du réel et de l’irréel, au point de rencontre de la foi, du politique et de la réalisation de soi, et qui est devenue une source de déstabilisation potentielle, à côté des protestations populaires.

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La campagne de l’élection présidentielle du 19 mai 2017 en Iran a été à nouveau l’occasion de voir s’affronter les grands courants de l’échiquier politique, que l’on réduit, un peu abusivement tant ils sont composites, aux réformateurs, aux reconstructeurs et aux conservateurs. Pour la première fois depuis 1979, cette échéance importante de la vie politique se tient en l’absence d’Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, homme clef de la République islamique depuis sa fondation, disparu au début de l’année. Symboliquement, une page a bien été tournée.

En Iran, le fait électoral s’est banalisé. Il permet l’expression de la diversité, notamment ethnique et confessionnelle, des terroirs historiques dans les provinces, et témoigne de la professionnalisation croissante de la vie politique. Paradoxalement, cette professionnalisation replie la république sur l’ordre de la famille, de la parenté, de l’autochtonie, voire du quartier ou de la sociabilité dévotionnelle – autant d’instances instillant un sentiment de proximité, de solidarité, de communion qui renvoie à la fameuse notion d’asabiyat. Selon une expression courante, la République islamique est devenue une « parentocratie » (tâyefehsâlâri). Le développement industriel du pays ne contredit pas cette pesanteur, dans la mesure où il repose sur un tissu de très petites entreprises familiales. L’analyse des élections législatives de 2016 dans quatre circonscriptions révèle l’importance dans la vie politique locale de la question foncière, indissociable de ces différentes consciences particularistes. Des lignes de continuité notabiliaire avec l’ancien régime se dévoilent, ainsi que de vieux conflits agraires que n’a pas effacés la césure révolutionnaire et qu’entretiennent ou ravivent les scrutins contemporains.

La guerre depuis 1979 et la reconstruction de l’Etat sous la tutelle occidentale depuis 2001 ont conduit à une simplification identitaire de la société afghane, sous la double forme d’une invention de l’ethnicité et de la tradition – un processus dont l’enjeu véritable est le contrôle ou l’appropriation des ressources politiques et économiques du pays. Le Hazarajat est un remarquable site d’observation de cette évolution. Son histoire a été marquée par son intégration coercitive, à la fin du xixe siècle, à l’Etat afghan en formation. Sa population, de confession chiite, s’est vue reléguée à une condition de subalternité dont elle n’est progressivement sortie qu’à la faveur du djihad contre l’occupation soviétique, dans les années 1980, et de l’intervention américaine en 2001, au prix de l’ethnicisation de sa conscience sociale et politique. Mais l’ethnicité repose sur une économie morale et politique moins communautaire qu’inégalitaire. Succédant à la guerre, l’aide à la reconstruction de l’Etat tend à polariser les rapports sociaux, tout en renforçant leur ethnicisation : les bailleurs de fonds et les ONG demeurent prisonniers d’une approche culturaliste, sinon orientaliste, du pays, qu’ils contribuent de la sorte à « traditionaliser », tandis que l’aide au développement déstabilise la société « traditionnelle » en accélérant sa monétarisation et sa marchandisation.

in Questions internationales Publié en 2016-02
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[résumé du numéro spécial] L'iran revient sur la scène internationale. C'est aux nouveaux indicateurs de la puissance iranienne tout autant qu'aux évolutions qui marquent sa vie politique, économique et sociale depuis l'arrivée au pouvoir du modéré Hassan Rohani que ce dossier est en grande partie consacré. Un numéro qui vous révèle aussi les enjeux en cours grâce aux analyses croisées des experts de la région.

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