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Entre 1870 et 1914, dans la société française, la figure de la prostituée est construite en miroir de la haine exprimée à l’encontre de "la" femme coupable ; plus tard, à l’égard de son double perçu comme son dégradé, l’homosexuel. Des hallucinations. Un large courant scientifique participe de cette construction de la femme fautive et ultérieurement, de « l’inverti ». Il alimente les politiques d’enfermement de la prostituée jusqu’à la faire disparaître du champ social, tandis que, fascinés, les romanciers naturalistes insistent sur sa chute irrémédiable. Puis au tournant de 1900, la diffusion du mal syphilitique s’amplifie. Pour tous, le mal est un virus. Et comme tout virus, il s’échappe. En se répandant partout dans la société, il révèle que le mal ne relève pas de la seule responsabilité des femmes mais s’étend aux comportements masculins, nourrissant culpabilité et haine généralisées. Or, dans l’ombre de la prostituée et d’une société ravagée par les préjugés et les méfiances, se découpe une nouvelle silhouette, celle de l’homosexuel – que d’aucuns réduisent à la prostituée quand d’autres le dénoncent comme un vice allemand.

Entretien avec François Bafoil autour des ouvrages "Politiques de la destruction. Trois figures de l'hallucination en politique" et "La Femme hallucinée. Construction de la faute sexuelle dans la société française entre 1870 et 1914", Editions Hermann, 2021.

François Bafoil is the author of The Politics of Destruction. Three Contemporary Configurations of Hallucination. USSR, Polish PiS Party, Islamic State, published with the Sciences Po series in International Relations and Political Economy/Pivot series at Palgrave Macmillan. In his book, Bafoil questions the notion of hallucination, generally examined through the lenses of psychoanalysis, with regard to political phenomena. He considers three case studies, through which he opens a dialogue between the social sciences and psychoanalysis. Interview by Corinne Deloy and Miriam Périer.

Publication date 2021-09-06 Collection The Sciences Po Series in International Relations and Political Economy
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When applied to social science, psychoanalytic concepts make it possible to analyze totalitarian action and its derivative, authoritarian action, by highlighting what such regimes have in common: the destruction of frames of reference for space and time; their replacement of those reference points with a restrictive “surreality”; and the assignation of individuals in the social space in terms of the love or hatred attributed to them by those in power. Whether in Stalinist Bolshevism, posited here as the matrix of the “totalitarian personality”; in its extreme form of totalitarianism with the Islamic State; or in a more diluted variant in the Polish ruling party ‘Law and Justice’ (PiS), each is characterized by the negation of temporal and spatial distance, and therefore by the negation of causal links, displacement and transformation of experience. These components are specific to the unconscious which, in dreams as Freud considered, acts upon factual datum, denies it, and reproduces it in another way, one that conforms more closely to the dreamer’s desires. For this reason, the politics that arise from these regimes have much in common with a hallucination.

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The dialogue between the social sciences and psychoanalysis was both lively and fertile in France until the 1990s. Because the founders of the Annales school were especially interested in and sensitive to psychology and the study of affect, such efforts were particularly visible among historians. A bit earlier, from 1950, Roger Bastide had prepared the ground for a discussion between sociology and psychoanalysis, although without much success. Among philosophers, we can consider Paul Ricoeur’s work on Freud during the 1960s. The Frankfurt School’s attention to psychology during those same years also undoubtedly sustained Freud’s inputs into the critical understanding of the twentieth century experience. Among political philosophers such as Cornelius Castoriadis, Claude Lefort, and Marcel Gauchet, reference to psychoanalysis was also central. In terms of political analysis, notable works were published in the early 1980s—always with a different perspective—in particular by Eugène Enriquez, Serge Moscovici, and Raphaël Draï.

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Le dialogue entre les sciences sociales et la psychanalyse a été, en France, vif et fécond jusqu’aux années 1990. En raison de l’intérêt porté à la psychologie, aux affects, comme de la sensibilité des fondateurs de l’Ecole des Annales, cet effort fut particulièrement perceptible chez les historiens. Un peu plus tôt, dès 1950, Roger Bastide avait posé les jalons d’une discussion entre la sociologie et la psychanalyse, mais sans succès. Du côté de la philosophie, on citera le travail de Paul Ricoeur sur Freud publié au milieu des années 1960. L’attention portée au cours de ces mêmes années à l’Ecole de Francfort a certainement maintenu vivants les apports de Freud à la compréhension critique de l’expérience du XXe siècle. Chez les philosophes du politique tels que Cornelius Castoriadis, Claude Lefort ou Marcel Gauchet, la référence à la psychanalyse fut également très importante. Du côté de l’analyse politique, il y eut au début des années 1980 des publications marquantes – bien que dans des perspectives chaque fois différentes – notamment d’Eugène Enriquez, de Serge Moscovici ou de Raphaël Draï.

Appliquées aux sciences sociales, les catégories de la psychanalyse permettent d’analyser l’action totalitaire et sa dérivée autoritaire en mettant en valeur ce qui est commun à tous les régimes qui s’en revendiquent : la destruction des cadres de l’espace et du temps ; leur substitution au profit d’une « sur-réalité » fantasmée ; un processus d’assignation des individus dans l’espace social en fonction de motions d’amour et de haine, que leur vouent les détenteurs de l’autorité. Qu’il s’agisse du bolchévisme stalinien, considéré ici comme la matrice de la "personnalité totalitaire", de sa version extrême avec l’État islamique et de celle, affadie, du parti dirigeant polonais "Droit et justice" (PiS), tous se caractérisent par la négation de la temporalité et de la distance, donc la négation des liens de causalité, le déplacement et la transformation des données de l’expérience. Autant de composantes propres à l’inconscient qui dans le rêve agit sur le donné factuel, le transforme, le nie et le reproduit sous une autre forme, plus conforme aux désirs du rêveur. C’est pourquoi les politiques qui en résultent peuvent s’apparenter à une hallucination.

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Nana est le roman d’une société malade. D’une société qui entretient un rapport névropathique à la femme, à tous les stades de son développement. À l’heure de #MeToo, l’analyse de Zola permet de porter un autre regard sur cette violence honteuse, dont il repère finement les sous-jacents sociologique

Si les objectifs énoncés pour 2020 par l’UE dans le cadre du Paquet Énergie-Climat de 2009 ne semblent pas hors d'atteinte, la valeur ajoutée de la transition énergétique en termes d'emplois et d'innovation fait débat. L'effort a en effet davantage porté sur les politiques de soutien à la demande que sur une structuration des filières permettant à l'offre européenne de s'imposer. L’UE comptait dans les différentes filières 1,16 million d’emplois en 2017, soit moins qu’en 2015. Alors que la filière photovoltaïque connait une forte dynamique dans le monde, elle continue de subir des pertes d’emplois. D’autres filières comme la biomasse ou la géothermie poursuivent, elles, leur croissance. L’UE a pris plusieurs initiatives (l’Airbus de la batterie étant la plus significative) mais la valeur ajoutée de la transition énergétique en termes d’emplois demeure faible, un constat d’autant plus préoccupant que les pertes d’emploi liés à la transition énergétique (dans les énergies fossiles, dans le nucléaire, dans la fabrication de voitures thermiques) s’annoncent, elles, conséquentes. Plus que jamais la transition énergétique apparaît comme une transition économique et sociale pour laquelle l’UE a des atouts mais pas de véritable stratégie. La situation varie néanmoins d’un pays à l’autre, du moins dans l’éolien.

in Editions Hermann Publication date 2019-11-08
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La littérature vient parfois au service des sciences sociales. Le roman de Stefan Zeromski, L’avant – printemps (1924, traduit du polonais par A. Ciesielska-Ribard et K. Bourneuf, Trakt Editions 2018) propose une subtile réflexion sur les malaises sociaux.

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