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La comparaison des enquêtes ISSP de 1999 et 2009 montre que la crise financière de 2008 n’a pas fortement bouleversé les perceptions qu’ont les Français des inégalités salariales, ni leurs souhaits de correction de celles-ci ou encore leur sentiment de justice concernant leur salaire. Pour l’essentiel, ils continuent de penser que les inégalités en France sont trop fortes, qu’il faut les réduire nettement et qu’ils ne sont pas payés à la hauteur de leur mérite. En même temps, sur la période considérée, le niveau des inégalités apparaît objectivement assez stable au sein de la plus grande partie de la population et seule une petite élite voit ses revenus s’envoler. La stabilité des opinions semble refléter fidèlement cet état de fait d’autant que, dans le détail, les Français semblent aussi assez conscients qu’il se passe quelque chose en haut de la pyramide, en particulier du côté des PDG. Aussi, dans l’ensemble, ils continuent de souhaiter que l’on corrige les inégalités salariales à peu près dans les mêmes proportions qu’il y a dix ans. Et lorsque les excès récents sont perçus, la demande consiste à les corriger d’autant.

in La Revue Tocqueville Publication date 2009-07
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La cohésion sociale semble être une notion trop vaste et trop pluridimensionnelle pour qu’il soit possible de s’en donner une définition précise. Elle désigne entre autres aussi bien des formes de participations citoyennes et sociales que des valeurs partagées, l’absence d’exclusion, la réduction des inégalités et de la ségrégation, voire des politiques sociales. Elle fait en outre l’objet de désaccords concernant les dimensions qu’elle devrait impérativement mettre en avant ou qu’elle ne devrait pas négliger ou au contraire qu’elle ferait mieux d’oublier. Paul Bernard (1999) en conclut qu’elle n’est qu’un « quasi-concept ». Elle serait si protéiforme et d’une géométrie tellement variable qu’elle ne pourrait échapper à l’inconsistance. Pour autant, sa position prend un tour plus positif lorsqu’il souligne qu’avec l’idée de cohésion sociale on s’efforce de faire tenir ensemble la liberté, l’égalité et la fraternité. Il considère de ce fait – au moins implicitement – que la cohésion sociale tient dans l’articulation de principes et de dimensions jugés essentiels pour faire société. En ramenant la notion à la devise républicaine française, il souligne d’ailleurs qu’elle n’est pas une idée nouvelle et que seuls les mots changent au gré des époques et des modes. Et de fait, on peut admettre que la cohésion sociale rend compte à peu de chose près de ce que l’on appelait la solidarité ou l’intégration sociale à l’époque de Léon Bourgeois (1896) ou d’Emile Durkheim. Quel que soit le vocabulaire, il s’agit fondamentalement de penser ce qui nous rassemble et comment nous continuons de nous rassembler en dépit de ce qui nous sépare. Qu’il faille réinterroger ce processus à la lumière des changements sociaux que nous connaissons est une chose, qu’il soit impossible de s’en donner une théorie cohérente en est une autre. C’est précisément cet objectif d’une théorie renouvelée que nous nous proposons d’atteindre avec cette étude et pour y parvenir, il nous semble nécessaire de repartir de l’analyse durkheimienne de la solidarité.

in Revue de l'OFCE Publication date 2017-05
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in Revue de l'OFCE Publication date 2017-05
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A l’heure où l’on entend beaucoup parler d’un « ascenseur social » qui serait en panne ou d’un sentiment de déclassement, ce numéro de la Revue de l’OFCE se propose de revenir sur les questions classiques en sociologie de la mobilité sociale et de la frustration. Comment évoluent aujourd’hui les perspectives de mobilité sociale ? Quel est le ressenti des individus sur la mobilité sociale en général et sur la leur en particulier ? Quel lien peut-on faire entre la mobilité sociale et le sentiment de frustration ? Depuis la célèbre thèse d’Alexis de Tocqueville sur la frustration relative, il est devenu habituel de lier ensemble les deux notions. Est-ce toujours pertinent ? Quelles sont les limites de cette perspective ? (Premières lignes)

in Revue de l'OFCE Publication date 2006-07
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De nombreuses études sur la justice distributive montrent que les individus jugent que des biens sont répartis de manière juste ou injuste principalement à partir de trois critères: la garantie des besoins de base pour tous, la reconnaissance des mérites de chacun et la réduction des inégalités (notamment de revenus). Un des problèmes importants qui en résulte consiste à savoir si ces critères sont incompatibles ou si, au contraire, ils sont complémentaires et peuvent être combinés. Or, de cela, la théorie ne peut décider seule; il est au contraire nécessaire de s’enquérir ce qu’en pensent les citoyens eux-mêmes. De ce point de vue, l’Enquête européenne sur les valeurs, effectuée en 1999, fait clairement apparaître les priorités des Européens en matière de justice distributive. La première d’entre elles est sans conteste la garantie des besoins de base pour tous; ensuite, mais seulement en deuxième position, la reconnaissance des mérites de chacun; et enfin, en dernier lieu, l’élimination des grandes inégalités de revenus. Qui plus est, le consensus sur cette hiérarchie n’est pas sensible aux clivages nationaux, démographiques, sociaux, économiques, idéologiques ou politiques. Si ces différents clivages influencent incontestablement les opinions en matière de justice distributive, ils ne suffisent pas, à de rares exceptions près, à bouleverser cet ordre des priorités. Les critères usuels de justice distributive ne définissent donc pas des sphères hétérogènes, incompatibles ou concurrentes.

in Notes de blog de l'OFCE Sous la direction de ALLEGRE Guillaume Publication date 2016-01
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Dans un court article sorti récemment, Thomas Hirschl et Mark Rank (2015) nous livrent quelques chiffres très étonnants sur la société américaine — chiffres qui, pris au sérieux, amèneraient à nettement relativiser les inégalités de revenus aux États-Unis. En effet, leur étude laisse entendre que la société américaine est beaucoup plus fluide qu’on ne le croit. Les Américains vivraient certes dans une société très inégalitaire mais, au cours de leur vie, la plupart des Américains feraient l’expérience de la richesse. Il y aurait, en réalité, un fort turnover entre les riches et les pauvres et ceci expliquerait pourquoi les Américains se montreraient aussi peu critiques à l’égard des inégalités. [Premier paragraphe]

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Au cours d’une enquête par sondage représentatif, il était demandé aux interviewés de se situer au sein de trois échelles de statuts (allant chaque fois de 1 à 10) en notant ce qu’ils considéreraient être leur position à la fin de leurs études, aujourd’hui, ainsi que celle qui serait juste selon eux. Il en ressort que plus la mobilité sociale est ressentie comme faible, plus l’écart entre le statut social jugé juste et celui d’aujourd’hui a tendance à être important. Cette attente d’une position juste plus élevée est d’autant plus forte que l’on s’estime bas dans la hiérarchie sociale. L’autoposition actuelle a d’ailleurs sur la frustration sociale un effet plus important que celui de la mobilité sociale. Si les catégories populaires ressentent davantage de frustration, c’est surtout en raison de l’inégalité des chances qu’elles dénoncent. Les enquêtés attendent donc plus d’égalité des chances mais aussi des places.

in Transatlantic Divide Sous la direction de MARTINELLI Alberto Publication date 2008-02
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Shared value are part of what is needed to make up a society. Continuing a society certainly implies the establishment of collective institutions and norms but they would have little political, social, or moral legitimacy if they were not based on shared values. To take this inot account, it is necessary to focus on the actors and their reasons; for example it is clear that there is no democracy in a country with no democrats. If we examine the social foundations of Europe in this way while allowing that it is not society like, say, the Uneted States, we can ask ourselves if Europe actually amounts to a society, or at least on its way to becoming one. In other words, is what Henri Mendras (1997) calls 'the Europeans' Europe' a reality or not? [First paragraph]

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Dans les années 1970, Thomas C. Schelling a proposé un modèle pour expliquer le lien entre ségrégation spatiale et préférences individuelles concernant cette ségrégation. Au moyen de simulations, il cherche à montrer qu’un haut niveau de ségrégation globale peut être le résultat collectif de décisions individuelles qui sont loin de viser une telle ségrégation. Cet article montre cependant que les contraintes structurelles du modèle expliquent intégralement les niveaux de ségrégation atteints. Une faible exigence individuelle pour s’entourer de voisins identiques conduit à une ségrégation collective faible et une exigence forte conduit à une ségrégation forte. Les niveaux de ségrégation correspondant à un seuil donné de satisfaction individuelle n’ont rien de surprenant en regard du hasard et de ce que chaque individu souhaite réellement. Le modèle de Schelling ne permet pas de conclure que, de manière générale, de larges ghettos naissent d’innocentes décisions.

in Revue internationale de sociologie Publication date 2009-07
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As far as distributive justice is concerned, an important issue is to know whether the different principles by which a given distribution of goods is judged fair or unfair are exclusive or complementary. The European Values Survey carried out in 1999 shows clearly the priorities of Europeans in this matter. The first concerns the guarantee that ‘basic needs are met for all’, then comes ‘recognizing people on their merits’ and finally ‘eliminating big inequalities in income’. The consensus on this hierarchy is not altered by national, demographical, social, economic or political divisions. These different divisions do indeed influence opinions on each criterion, but, with very few exceptions, they are not sufficient to upset this order of priorities. Thus, the usual applied principles of distributive justice do not define competing spheres. Their nested (or ‘lexical’) order is compatible with the purely procedural condition of ‘equal liberty’.

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