Co-auteur
  • RÉGNIER-LOILIER Arnaud (1)
  • VAN ZANTEN Agnès (1)
Type de Document
  • Partie ou chapitre de livre (2)
  • Article (1)
  • Thèse de doctorat (1)
  • Mémoire universitaire (1)
Qui sont les 4,4% d’étudiant-e-s qui sont parents en France ? Comment expliquer leur situation a priori paradoxale, à la fois jeunes (car étudiant-e-s) et adultes (puisque parents) ? À partir d’une pluralité de matériaux (80 entretiens semi-directifs avec des étudiant-e-s parents, une étude de cas, des sources écrites et l’exploitation de l’enquête OVE 2016), cette thèse adresse ces questions en trois volets complémentaires : les politiques publiques visant les étudiant-e-s parents, leurs parcours et leur quotidien. L’analyse met au jour une norme de jeunesse produite par la politique de l’enseignement supérieur et les établissements. Cette norme assigne aux étudiant-e-s une place de jeunes et non d’adultes, ce qui engendre le paradoxe des étudiant-e-s parents. L’étudiant pris comme modèle pour élaborer les politiques de l’enseignement supérieur et les modalités d’enseignement au sein des établissements est un étudiant jeune : financièrement dépendant, disponible à plein temps pour ses études et placé sous l’autorité des enseignant-e-s. Face à cette norme, les étudiant-e-s parents se situent dans des configurations hétérogènes qui leur permettent de correspondre plus ou moins bien aux attentes du supérieur, malgré leurs responsabilités familiales. Les pères étudiants issus de classes supérieures atteignent plus facilement la trajectoire linéaire valorisée car ils ont les moyens matériels d’y correspondre. Cette réussite repose largement sur l’exploitation de leur conjointe qui prend en charge le travail domestique, le travail de care et la charge mentale.

in Regards croisés sur les expériences étudiantes Publié en 2019-11
RÉGNIER-LOILIER Arnaud
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La France figure parmi les pays où la part d’étudiants-parents est la plus faible d’Europe. En Islande, Norvège, Estonie, Finlande, Suède et Lettonie, entre 15 et 33 % des étudiants ont un enfant, contre moins de 5 % en Serbie, en Italie ou en France. Contrairement à de nombreux pays (du Nord notamment), les études en France se déroulent majoritairement dans la continuité du bac et l’arrivée du premier enfant s’inscrit dans un univers très normé, après le franchissement de différentes étapes préalables : fin des études, emploi et conditions matérielles stables, vie de couple. Dans ce contexte, on peut se demander qui sont les « rares » étudiants à avoir des enfants. Être étudiant et parent s’apparente a priori à une situation atypique. Cette situation recouvre cependant une variété de situations. À partir d’une étude qualitative, Aden Gaide (2018) avait pu identifier trois trajectoires différentes de mères étudiantes : celles ayant connu une grossesse non prévue, mais dont le soutien de l’entourage leur a permis d’envisager de ne pas interrompre la grossesse ; celles réunissant certaines conditions préalables à l’arrivée d’un enfant et ayant choisi d’avoir un enfant bien qu’étant en études ; enfin, celles étant en reprise d’études ou en doctorat et qui ont le « bon âge » et réunissent les « bonnes conditions » pour avoir un enfant. Quelle que soit la trajectoire, la parentalité étudiante pose la question de la conciliation entre la vie familiale et les études. Au Royaume-Uni, les étudiants-parents font face à différents défis : contraintes de temps, difficultés d’organisation dans les études liées aux horaires et à la garde des enfants. Les difficultés concernant la garde des enfants ont été mises en évidence dans d’autres pays comme l’Autriche. En outre, dans la majorité des pays, les étudiants-parents éprouvent davantage de difficultés financières. En France, les étudiants-parents font part de difficultés à suivre l’ensemble des enseignements, ce qui semble atténuer leurs chances de réussites. L’objectif de ce chapitre est de faire émerger différents profils d’étudiants-parents en France à partir des données de l’enquête "Conditions de vie 2016" et de les caractériser du point de vue sociodémographique et des études suivies, avant de voir dans quelle mesure ces différentes trajectoires ayant conduit à être « étudiant-parent » sont associées à des difficultés dans la poursuite des études.

in Parcours d’étudiants Sous la direction de CORDAZZO Philippe Publié en 2019
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En France, la parentalité étudiante est une situation plutôt exceptionnelle et mal connue, seuls 4,9 % des étudiants étant concernés. La diversité des situations de parentalité étudiante, évoquée au chapitre précédent, pose la question de l’hétérogénéité de cette population. En particulier, deux dimensions structurent les diverses expériences de maternités étudiantes : le caractère prévisible de la grossesse et l’âge à l’arrivée de l’enfant. Comment la maternité s’inscrit-elle dans la vie de ces étudiantes et comment ont-elles donné un sens à cette situation ? Ce chapitre propose de contribuer à une meilleure connaissance des situations de parentalité étudiante à partir d’une étude qualitative menée en 2013-2014. Qui sont les étudiantes-mères ? Comment cet enfant est-il arrivé ? Était-ce voulu, voire calculé, ou bien était-ce un « accident » ? Au cours de discussions informelles, beaucoup de personnes non concernées ont spontanément associé maternité étudiante et détresse psychologique : qu’en est-il ? Une autre représentation courante est que les étudiantes-mères se détacheraient plus facilement de leurs études : quel rapport à l’avenir et à l’enseignement supérieur les mères rencontrées entretiennent-elles ?

En France, les conditions de vie des étudiant·e·s semblent peu compatibles avec le fait d’avoir un enfant et la maternité étudiante paraît paradoxale. À partir d’entretiens menés avec des mères étudiantes, cet article interroge le récit que ces femmes font de leur parcours biographique grâce à une typologie de leur maternité. L’auteur met ainsi au jour une norme de jeunesse dans l’enseignement supérieur qui rend peu visibles celles qui ont des parcours non linéaires et/ou aux origines sociogéographiques minoritaires.

En France, la parentalité étudiante est une situation plutôt exceptionnelle : seuls 5% des étudiants sont concernés. Ce n’est pas le cas partout en Europe : en Suède et en Norvège, les taux sont bien plus élevés (17% et 22% respectivement). On peut éclairer cette faible proportion d’étudiants parents en France sur le compte des particularités du système d’éducation supérieure français : en France, les reprises d’études sont plus rares et ont lieu à 80% en dehors du système universitaire. De plus, la massification des études supérieures a entraîné une « juvénisation » de la population étudiante et un allongement de la jeunesse pour une partie de plus en plus grande des Français. Ces deux facteurs tendraient donc à "expliquer" la rareté de la parentalité étudiante en France. Néanmoins aucune étude, mise à part celle qu’Arnaud Régnier-Loilier conduite sur les données 2010 de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), n’a été menée en France au sujet de la parentalité étudiante. Les variables disponibles dans cette étude étaient en outre peu adaptées à l’étude de la parentalité étudiante et Régnier-Loilier (2011) n’a pu en retirer qu’une description de la population et que le constat d’un plus grand stress chez les parents étudiants. Nous avons donc voulu investir ce sujet pour y apporter des données qualitatives afin de mieux comprendre qui étaient les mères étudiantes et comment cette maternité pouvait être vécue pendant leurs études. (Premiers paragraphes de l'introduction)