Co-auteur
  • LEMERCIER Claire (1)
Type de Document
  • Article (1)
  • Thèse de doctorat (1)
  • Manuscrit en cours (1)
Cet article étudie l’impact des revenus du travail sur le temps de travail domestique des femmes françaises au sein de 1 674 couples bi‑actifs occupés à temps plein, à partir de l’enquête Emploi du temps 2009‑2010. Nous testons deux théories visant à interpréter le rapport entre les ressources économiques des conjoints et le temps alloué aux tâches domestiques. L’approche « absolue » explique la diminution du temps que les femmes y consacrent par l’augmentation de leur salaire, indépendamment de celui du conjoint, alors que l’approche « relative » met en avant le rôle des salaires relatifs comme mesure du pouvoir de négociation des femmes au sein du couple. Nous montrons que l’effet non linéaire observé pour le salaire relatif, interprété en termes de « performance de genre » dans la littérature, est dû à une mauvaise caractérisation de la relation entre salaire et temps de travail domestique. Celle‑ci est très fortement non linéaire pour les femmes, indépendamment de leur pouvoir de négociation : à mesure que le salaire augmente, l’élasticité de leur temps de travail domestique au salaire se tasse. Il semble ainsi y avoir un niveau minimal de tâches incompressible pour les femmes, et cette diminution s’opère avant tout par une coupe dans les tâches ménagères et la cuisine ; le temps consacré aux enfants est insensible aux variations de revenus. La « relève » des hommes n’est que très partielle, et ne présente pas de forme non linéaire. De même, le recours à des services extérieurs explique très peu cette diminution ; il semble que les femmes adaptent avant tout leurs « attentes » par des modifications du volume global de production domestique. Ceci entraîne des changements du volume relatif de tâches effectué : une augmentation du poids relatif de la cuisine par rapport au ménage, et de « s’occuper » des enfants par rapport aux autres tâches.

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The emergence of a market for unsecured personal loans dominated by commercial banks is the result of major debates and conflicts which took place in the first half of the 20th century, around the regulation of what was known at the time as the small loan business. First of all, unsecured loans to individual consumers remained highly illegitimate until the 1940s, and were only offered by unregulated credit agencies, labeled at the time as "loan sharks". Secondly, the idea of providing loans to consumers was completely alien to retail banking up until the 1930s, and only around the middle of this decade did commercial banks start opening Personal Loan Departments, as autonomous financial organizations within their institutions. The first goal of the present article is to describe the various legitimacy struggles, which took place between 1910 and the mid 1940s, and led to the birth of a regulated market of unassigned credit bearing these two features. Our goal is to understand how particular practices and institutions established themselves as the gatekeepers of market legitimacy, and to describe the various legal and status-based struggles which can account for these selection processes. The present research simultaneously argues that these legitimacy divides, necessary to the creation of a moral market, had major stratifying effects, and produced a social, racial and geographic segmentation of borrowers, the consequences of which are, to some extent, still visible today. (First paragraph)

Si de nombreux travaux soulignent l’existence d’une segmentation de l’offre de crédit aux États-Unis, entre un marché primaire bancaire et un marché secondaire peuplé d’agences allant des payday lenders aux agences de crédit immobilier subprime, peu de recherches s’intéressent à sa mise en place ou à ses origines historiques. Cette thèse propose une telle analyse à partir de l’histoire du crédit non affecté entre 1900 et 1945 : elle étudie tout d’abord le déploiement de systèmes de crédit au début du XXe siècle, permettant aux classes populaires d’emprunter sur la base de leur salaire ou sur la propriété de biens. À partir de deux études de cas sur le Sud et le Midwest, nous proposons une nouvelle conceptualisation de la relation de crédit en soulignant les différentes formes d’encastrement de ce système d’échange ; judiciaire, racial et dans le procès de travail. La thèse analyse ensuite la construction d’une offre légitime de prêt à travers l’étude des « croisades » et des controverses autour des « loan sharks », ces créanciers perçus comme des usuriers parasitaires qui gravitent aux marges du capitalisme industriel. Ce travail de sociologie économique propose un élargissement des études sur les processus de moralisation marchande en mobilisant des outils de l’action publique, des mouvements sociaux et du droit, dans l’optique de comprendre comment la résolution d’un problème public ainsi que les cadres normatifs dans lesquels puise l’action politique peuvent affecter la structure du marché. Ce cadre théorique contribue ainsi à faire le lien entre l’analyse des transactions et des relations marchandes et celle de la construction politique et culturelle du marché.