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Au Yémen, une année de guerre pour rien

 

Notice

Type:   Article de presse ou magazine
 
Titre:   Au Yémen, une année de guerre pour rien
 
Auteur(s):   Bonnefoy, Laurent (1980-...) - Centre de recherches internationales (Auteur)
 
In:   Le Monde diplomatique
 
Date de publication:   2016-03
 
Éditeur:   FRANCE
 
Pages:   14-15  p.
 
ISSN:   00269395
 
Résumé:   [fr] L’Arabie saoudite et ses alliés peinent à défaire le mouvement houthiste, qui contrôle toujours la capitale du Yémen, Sanaa. Alors que la diplomatie piétine, les dégâts occasionnés par ce conflit s’aggravent et le pays connaît d’ores et déjà un désastre humanitaire.

Dans la nuit du 25 au 26 mars 2015, l’Arabie saoudite, avec l’aide d’une coalition de dix pays musulmans à majorité sunnite, lançait une opération militaire aérienne au Yémen contre les rebelles houthistes. Issus de la minorité zaydite, une branche d’obédience chiite, ces derniers exerçaient depuis plusieurs mois une forte pression sur le pouvoir yéménite, sans toutefois menacer directement le royaume des Saoud. Les partisans de M. Abdel Malek Al-Houthi, chef du mouvement de rébellion lancé par son père, avaient contribué à briser la mécanique née du prometteur « printemps yéménite » en poussant à la démission le président de la transition, M. Abd Rabbo Mansour Hadi. Pour ce faire, ils s’étaient alliés avec leur ancien ennemi, M. Ali Abdallah Saleh, président pendant plus de trois décennies. M. Saleh avait été forcé de quitter le pouvoir en février 2012, à la suite des mobilisations populaires amorcées un an plus tôt, mais il était resté actif politiquement. Bénéficiant de l’immunité, il avait trouvé dans le mouvement houthiste le moyen de se venger de sa chute.

Au moment du déclenchement de l’opération « Tempête décisive », les houthistes occupaient militairement la capitale, Sanaa, depuis septembre 2014 ; surtout, ils venaient de prendre Aden, la principale ville du Sud. L’objectif affiché par les Saoudiens et leurs soutiens était de rétablir — officiellement à sa demande — le pouvoir de M. Hadi, revenu sur l’annonce de sa démission et exilé à Riyad. Il s’agissait de repousser les miliciens houthistes hors des villes, dans leur berceau septentrional de Saada. Ce projet avait reçu le blanc-seing de la « communauté internationale » à travers la résolution 2216 votée par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis fournissaient la coalition en armes et lui apportaient une aide en matière de renseignement militaire. Sur le plan régional, l’offensive visait à contrer l’influence de l’Iran, accusé d’avancer ses pions par l’intermédiaire des (...)