Type
Article
Titre
Des gens inconvenants. Javanais et Néerlandais à l’aube de la rencontre impériale
Dans
Actes de la recherche en sciences sociales
Éditeur
FR : Éditions de la Maison des sciences de l'homme
Numéro
171-172
Pages
104 - 121 p.
ISSN
03355322
Résumé
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Dans les premières décennies du XVIIe siècle, la Compagnie unie des Indes néerlandaises orientales (VOC) cherche à s’implanter sur les côtes de l’île de Java afin de s’assurer d’un accès direct et pérenne aux épices du monde insulindien. Or, Java n’est pas une terre politique vierge : la VOC s’installe aux marches du sultanat de Banten, avec lequel elle entend commercer, et doit faire face en 1628-1629 aux assauts des armées du souverain de Mataram. Expliciter les relations conflictuelles entre les représentants de la VOC et ces pouvoirs politiques javanais en termes de « différences culturelles » n’est pas d’un grand secours : mieux vaut les rapporter aux caractéristiques sociales objectives et aux visions morales explicites des protagonistes de cette « situation de contact ». Ce n’est pas « la Hollande » qui a rencontré « Java », mais des marchands de Hoorn et d’Amsterdam qui ont été amenés à négocier, dans des circonstances particulières, avec des membres de la haute aristocratie javanaise. Or, la VOC n’est pas l’expression d’un projet monarchique, ni d’une conscience « nationale » consensuellement définie : les registres d’allégeance sont pluriels et le Prince d’Orange doit négocier en permanence avec le Grand Pensionnaire d’Amsterdam et avec les États-Généraux, où s’affrontent les potentats municipaux et où prédominent les représentants des milieux marchands. La Compagnie revendique haut et fort son autonomie à l’égard des États-Généraux et de la Maison d’Orange. Son personnel est d’ailleurs d’emblée plurinational et issu majoritairement des milieux négociants et du monde des docks. La VOC vit ainsi au rythme moral du petit et du grand négoce urbain, qui forme la base des Régents des cités de la façade maritime, farouchement opposés à la vieille noblesse terrienne. Inversement, à la même époque, les élites nobiliaires javanaises ne cessent, au nom d’un idéal de vie ascétique, de tourner en ridicule le personnage du marchand mû par l’appât du gain. Les Hollandais sont dès lors perçus au prisme des « guerres morales » que se livrent les élites javanaises. Ils deviennent in fine, les personnages d’une histoire proprement javanaise.

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
EXPORT