Document Type
  • Article (1)
À la différence d’accidents nucléaires du passé, comme celui de Tchernobyl, Fukushima a suscité une remise en cause très courte et limitée de l’énergie nucléaire. Six ans à peine après l’accident de mars 2011, les gouvernements européens poursuivent l’exploitation des réacteurs nucléaires, sûrs d’après eux et ce, en dépit des conséquences observées à Fukushima. Considéré comme une catastrophe exceptionnelle en 2011, l’accident nucléaire est rapidement devenu un événement ordinaire pour le secteur nucléaire européen. En nous appuyant sur une enquête ethnographique réalisée au sein des organisations européennes et internationales de sûreté nucléaire, nous proposons de comprendre cette transformation comme le résultat d’un travail de normalisation qui fait rentrer la catastrophe nucléaire dans les cadres et procédures préexistants de la sécurité nucléaire et la transforme ainsi en un incident que le secteur est capable de surmonter, tout en travaillant de manière incessante les frontières entre les conséquences tolérables et intolérables de l’énergie nucléaire. La normalisation de Fukushima s’inscrit alors dans les transformations de long terme du gouvernement européen du nucléaire, qui contribuent à pérenniser le secteur en véhiculant des cadrages qui rendent la survenue des accidents nucléaires acceptable.