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Les temps du surtravail

 

Notice

Type:   Communication non publiée
 
Titre:   Les temps du surtravail : Les luttes de codage aux guichets des agences pour l’emploi
 
Auteur(s):   Clouet, Hadrien (PhD) - Centre de sociologie des organisations (Auteur)
 
Nom de la conférence:   Penser l'émancipation. IVe colloque international  (Audience internationale)
 
Date(s) de la conférence:   2017-09-13 / 2017-09-16
 
Lieu de la conférence:   Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis ,  FRANCE
 
Résumé:   [fr] En France et en Allemagne, des institutions publiques d’intermédiation mettent en relation des demandeurs d’emploi avec des offres de travail. Ces dernières sont codées selon plusieurs critères, et stockées dans des bases de données. Elles font l’objet de tentatives d’appariement lors d’entretiens réguliers entre chômeurs et conseillers. Des critères de recherche sont négociés puis saisis, et confrontés aux profils des offres stockées. L’appariement affiche alors une liste d’emplois, dans l’ordre décroissant de leur correspondance. Cette intermédiation a construit un marché du travail national en permettant de rapprocher des offres et des demandes malgré les distances physiques et sociales (Marchal, 2015). Elle assure à la fois une fonction de « spatial fix » (Harvey, 2001), d’absorption d’offres localement en surplus, mais assurent aussi la reproduction d’une force de travail inoccupée. Cette l’activité quotidienne de rapprochement entre les offres et les demandes requiert une mise en équivalence des emplois et des personnes via des caractéristiques communes (Thévenot, 1986) : salaire, type de contrat, temps, constituent des catégories de codage des emplois recherchés et des emplois stockés. Les controverses durant les entretiens d’intermédiation relèvent de luttes « marxiennes » fondées sur l’exploitation, et de « luttes polanyiennes » basées sur le périmètre et les catégories de la mise en marché, pour reprendre la distinction proposée par Silver (2003) et Lee (2007). Les critères employés en France et en Allemagne pour coder emplois et personnes divergent, mais certains sont communs, comme le temps de travail. Toutefois, il est formulé différemment à Pôle emploi ou à l’Agence fédérale pour l’emploi. Dans la première, la recherche est exprimée en échelle numérique hebdomadaire, avec un plancher et un plafond chiffré (« de 20 à 35h », par exemple). Dans la seconde, la recherche est exprimée en catégories, en dix classes de temps non-exclusives parmi lesquelles sélectionner (« temps plein », « temps partiel – soir », par exemple). Chaque institution encadre les équations temporelles personnelles et développe une représentation des horaires, des durées et des rythmes légitimes (Grossin, 1996). Ces formulations informatisées différentes charrient des préférences implicites (O’Neil, 2016). Les intermédiaires publics du marché du travail interviennent donc dans les temporalités marchandes lors de l’appariement des offres et des demandes, en déterminant les opérations techniquement applicables. En cela, l’instrumentation agit sur la relation entre capital et travail. Cette proposition s’appuie sur une thèse de sociologie et un terrain de neuf mois d’observation dans quatre agences pour l’emploi, deux françaises et deux allemandes, au sein desquelles 309 entretiens ont été observés. D’abord, nous expliquerons comment le langage de l’instrument accompagne la flexibilité hétéronome dans le cas français, tandis qu’il multiplie l’exposition au temps partiel dans le cas allemand. Ensuite, nous exposerons la place allouée aux employeurs par l’instrument, bien plus centrale en Allemagne où ils disposent d’un monopole pour convertir les catégories en heures sur leurs offres. Enfin, nous montrerons que la mise en catégories du temps de travail par les progiciels allemands empêche les demandeurs d’emploi de problématiser l’exploitation des offres, comme le font leurs homologues français. L’expression du temps dans des catégories non-chiffrées occulte une des « grandeurs relatives du prix de la force de travail et de la survaleur (:) la longueur de la journée de travail » (Marx, 1993, p.581), obscurcissant les jugements des chômeurs.