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Durant ces deux mois où nous avons vécu repliés sur d’infimes territoires, nous nous sommes faits ornithologues à la petite semaine et botanistes du dimanche – et qu’importe, puisqu’il n’y avait plus de lundis ? Nous avons senti ce désir incandescent de donner de la nature une description exhaustive, de tenir un minutier de la réalité où tout se trouve dit sitôt que vu, consigné sitôt que contemplé. Alors, nous avons constaté ce point limite où les mots font tout bonnement défaut pour dire les êtres naturels. La Nature est, dans les termes de Francis Ponge, le « Jardin des raisons adverses » : le langage ne peut que plier devant ses élans.

Publication date 2020-03 Collection Collection jaune
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Imaginez une histoire, une belle histoire, avec des héros et des traîtres, des îles lointaines où gîtent le doute et le danger. Imaginez une épopée, une épopée terrible, avec deux océans où s’abîment les nefs et les rêves, et entre les deux un détroit peuplé de gloire et de géants. Imaginez un conte, un conte cruel, avec des Indiens, quelques sultans et une sorcière brandissant un couteau ensanglanté. Un conte, oui, mais un conte de faits : une histoire où tout est vrai. De l’histoire, donc. Cette histoire – celle de l’expédition de Fernand de Magellan et de Juan Sebastián Elcano –, on nous l’a toujours racontée tambour battant et sabre au clair, comme celle de l’entrée triomphale de l’Europe, et de l’Europe seule, dans la modernité. Et si l’on changeait de ton ? Et si l’on poussait à son extrême limite, jusqu’à le faire craquer, le genre du récit d’aventures ? Et si l’on se tenait sur la plage de Cebu et dans les mangroves de Bornéo, et non plus sur le gaillard d’arrière de la Victoria ? Et si l’on faisait peser plus lourd, dans la balance du récit, ces mondes que les Espagnols n’ont fait qu’effleurer ? Et si l’on accordait à l’ensemble des êtres et des choses en présence une égale dignité narrative ? Et si les Indiens avaient un nom et endossaient, le temps d’un esclandre, le premier rôle ? Et si l’Asie – une fois n’est pas coutume – tenait aussi la plume ? Que resterait-il, alors, du conte dont nous nous sommes si longtemps bercés ? La vérité, peut-être, tout simplement.

"Woe to thee, o land, when thy king is a child and thy princes feast in the morning. (Ecclesiastes 10:16)". As it developed in its English-speaking version over the course of the last three decades, global history has mostly been the story of a world peopled by large-scale and relatively resilient entities (such as cultures, civilizations, religions). One specific entity, namely ‘imperial polities’, has been granted a prominent place in the grand narrative of how the world became more and more densely interconnected...

in Annales Publication date 2019-12
CALAFAT Guillaume
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Depuis près d’une décennie, l’expression « global microhistory » connaît chez les historiennes et les historiens, en particulier les modernistes anglophones, une fortune certaine. Riche de promesses, elle allie l’intérêt historiographique suscité par la microhistoire dans le courant des années 1980 au paradigme de l’histoire globale qui s’est imposé à compter des années 1990. S’agit-il, par ce mariage annoncé, d’octroyer une seconde jeunesse à la microhistoire en lui faisant accomplir un « tournant global » qu’elle aurait négligé ? Ou bien est-il question de donner un second souffle épistémologique à une histoire globale qui peine à clarifier ses frontières, ses objectifs et ses méthodes ? Ce numéro des Annales propose d’interroger l’engouement pour la « microhistoire globale » à partir de quatre articles aux contenus et aux objets dissemblables qui, s’ils ne permettent pas de restituer en son entier le vaste panorama des recherches engagées aujourd’hui sous cet étendard, n’en dessinent pas moins quelques tendances de fond, à la fois thématiques et méthodologiques.

in Annales Edited by BERTRAND Romain, Publication date 2019-12
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Ce numéro des Annales propose d’interroger l’engouement actuel pour la « microhistoire globale », une expression qui désigne l’espace d’un dialogue entre l’approche micro-analytique et une histoire pensée à large échelle. Dans leur introduction, Romain Bertrand et Guillaume Calafat reviennent sur les enjeux méthodologiques et historiographiques de ce rapprochement. Le dossier rassemble ensuite quatre articles qui dessinent plusieurs tendances des recherches engagées aujourd’hui sous l’étendard de la « microhistoire globale ». Roberto Zaugg s’intéresse au commerce du tabac et des porcelaines chinoises utilisées comme crachoirs dans les royaumes africains de Hueda et du Dahomey à l’époque moderne. Sebouh Aslanian présente pour sa part une étude détaillée de la vie d’un marchand arménien du xviie siècle, balloté à travers les continents et les océans au gré de ses activités commerciales et des procès que lui intentent commerçants et compagnies européens. À travers une micro-analyse des juridictions et des institutions rurales de la vice-royauté du Río de la Plata, Darío G. Barriera cherche à éclairer d’un jour nouveau les modalités du gouvernement à distance de la monarchie espagnole à la fin du xviiie siècle. Enfin, en s’intéressant de près au procès de la succession d’un riche Juif tunisien expatrié en Toscane, Jessica Marglin met en lumière les failles et la mise en débat du droit international naissant dans la seconde moitié du xixe siècle.

« Pourquoi tant de spécialistes reconnus ont-ils décidé de nous suivre et de nous faire confiance dès la première réunion de notre comité ? Sans doute parce que chacun a senti que ce musée, qui ne saurait être le musée des autres, mais doit au contraire être le musée d’un “nous” moins étriqué et plus respirable, n’est pas non plus un musée comme les autres. Au moment où les débats politiques en France et en Europe sont faussés par des crispations idéologiques qui éloignent sans cesse les discours publics d’une mesure seine et juste de la réalité, c’est sans conteste le musée d’histoire dont nous avons besoin. Et puisqu’on en a besoin, d’influentes forces politiques tenteront encore de faire en sorte qu’il soit bridé dans ses ambitions. Nous avons choisi de disposer dans l’espace des récits, pour dire ici, maintenant, depuis longtemps, “ça a eu lieu”, “ça a lieu là” – il y a lieu de considérer cette histoire. Nous proposons donc ici quelque chose comme une volte-face : par une ruse de l’histoire récente, le Musée national de l’histoire de l’immigration est installé dans le pavillon amiral de l’Exposition coloniale de 1931. Ce piège à regards, chambre noire de l’histoire coloniale, doit désormais se transformer en machine à ouvrir les yeux. Le musée doit investir son lieu car il lui faut affronter son histoire. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’imposer à l’histoire des immigrations une surdétermination coloniale : cette histoire ne peut être que mondiale par vocation et comparatiste par méthode. Il s’agit de prendre la mesure du buissonnement, de la bigarrure dont nous sommes issus. On doit pouvoir s’y retrouver mais pas pour cultiver le petit lopin tranquille des identités. »

Edited by BERTRAND Romain Publication date 2019-10-03 Collection L'Univers historique
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Voici une histoire par dates du VIIe au XXe siècle, riche en surprises, qui rend compte des profonds renouvellements qui ont transformé notre vision de ce qu’on appelait autrefois les « Grandes Découvertes ». Les dates « canoniques », revisitées à l’aune d’une réflexion critique sur les raisons de leur élection par les chronologies officielles, alternent avec les dates « décalées » qui font surgir des paysages et des personnages méconnus. Il est ici question de détricoter le discours qui, associant exploration du monde et « entrée dans la modernité », en réserve le privilège et le bénéfice à l’Europe, et, pour ce faire, de documenter d’autres voyages au long cours – extra-européens. Il est également question, prenant le contre-pied d’une histoire héroïque des expéditions lointaines qui en attribue le mérite à quelques singularités, de rappeler qu’il faut beaucoup d’illusions, et plus encore d’intérêts, pour faire un « rêve », et que Christophe Colomb n’aurait jamais appareillé sans les vaisseaux des frères Pinzón. Il s’agit ainsi de substituer des lieux, des instants et des visages aux cultures en carton-pâte et aux croyances en papier mâché ; de donner à voir les échecs autant que les réussites, les naufrages dans les estuaires de la même façon que les entrées triomphales dans les cités soumises ; d’inclure amiraux ottomans, navigateurs chinois, interprètes nahuatls et pilotes arabes dans le musée imaginaire de l’histoire globale ; de mettre en lumière tout un petit peuple d’assistants et d’auxiliaires, de sherpas et de supplétifs (que serait Magellan sans le Malais Enrique ? ou Cortés sans la Malinche ?) ; de passer outre une histoire au masculin en rendant droit de cité aux voyageuses et aux exploratrices ; et enfin de prêter une égale attention aux êtres et aux choses, sachant que, s’il faut une nef pour traverser un océan, une vague ou un bacille suffisent à la vider de ses occupants. Ce sont donc à la fois une autre histoire du monde et une autre histoire de l’Europe qui se dévoilent au fil des 90 récits d’aventures proposés par 80 des meilleurs historiennes et historiens de ces questions.

Publication date 2019-03-07 Collection L'Univers historique
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Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d’une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l’aigremoine, le cirse et l’ancolie. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l’enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n’est pas que l’homme comptait peu : c’est que tout comptait infiniment. Des croquis d’Alfred Wallace aux « proêmes » de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d’un très ancien savoir sur le monde – un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s’abîme et s’apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.

in L'Europe. Encyclopédie historique Edited by CHARLE Christophe, ROCHE Daniel Publication date 2018-10
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Entrée "Européocentrisme" de l'encyclopédie

Cette thèse s’est donnée pour objet l’étude du fonctionnement de l’État colonial en Guyane française au prisme de son action dans le domaine scolaire entre 1930 et 1951, soit la seule période pendant laquelle ce territoire se trouve scindé en deux entités administratives coiffées, cependant, par un même gouverneur. Au cœur de cette recherche réside l’hypothèse d’une singularité, dans une double perspective sociale et politique, de l’expérience coloniale guyanaise des années 1930 et 1940 – laquelle a conduit à forger les notions de « colonie-département » et d’« assimilation différenciée ». L’enquête menée articule ainsi histoire sociale de groupes professionnels issus du milieu éducatif et des sociabilités militantes, anthropologie des sociétés autochtones de l’intérieur amazonien et sociologie de l’Etat et des politiques publiques. Ce faisant, cette étude entend contribuer, d’une part, à une meilleure compréhension de l’Etat colonial à partir du cas trop souvent délaissé d’une « vieille colonie » ; de l’autre, à une histoire de la République donnant toute leur place aux Outre-mers.

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