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This contribution explores the history of the politics of Holocaust memory in Bulgaria. During World War II, Bulgaria refused to deport its Jewish community. Until recently, the image of Bulgaria as a European exception prevailed – though at a cost: this narrative omitted the almost total roundup of Jews in the Yugoslav and Greek territories under Bulgarian occupation between 1941 and 1944 and their deportation to Nazi-occupied Poland where they were exterminated. How does one explain a complex past, a single facet, namely the non-deportation of the Bulgarian Jews? The “rescue” narrative has become the primary avenue of narrating the history of World War II in Bulgaria. This article traces the legal, political and cultural arenas, as well as the multiple local, regional and international spaces where these narratives of the past were formed. The author shows how Jewish wartime destinies became “satellized” around a broad range of topics and cleavages. Moreover, the contribution seeks to bring Jews back into the writing and transmission of these historical events.

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Alors que des élections législatives se profilent au printemps 2021, le sauvetage des Juifs, récit historique valorisé en Bulgarie, demeure une question complexe. Un miracle, une exception en Europe ? Depuis plusieurs décennies, le nom de la Bulgarie est associé à un récit enchanteur, celui du sauvetage de la quasi-intégralité de sa communauté juive, environ 48 000 Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale. En août 1944, alors que l'Armée rouge s'approche de la frontière bulgare, la philosophe Hannah Arendt écrit : « Pas un seul Juif n'avait été déporté, aucun n'était mort de cause autre que naturelle. »Et d'ajouter : « Personne, autant que je sache, n'a tenté d'expliquer le comportement du peuple bulgare qui est unique dans cette ceinture de populations mixtes. » Ces dernières années, pourtant, des voix de descendants de rescapés de la Shoah, de responsables de musée et d'historiens se sont élevées aux États-Unis, en Israël et en Europe pour inviter l'État bulgare à entreprendre une relecture critique de son histoire.

Dans le sillage des récents travaux dédiés à l’histoire visuelle de la Shoah, d’une part, à l’histoire des procès pour crimes de guerre et/ou contre des opposants politiques à l’Est, d’autre part, ce texte et le dossier qu’il introduit se proposent de renouveler les termes du débat sur les rapports entre vérité de l’image et vérité par l’image. Ce, en opérant une extension du périmètre des recherches aux rapports entre sources visuelles, sonores et scripturaires. La visée est ici double : conférer une juste place à la diversité des formes de documentation à partir desquelles des savoirs sur la justice pénale et la Shoah sont composés ; inviter dans le champ de l’enquête l’univers des techniques, des sensibilités et des gestes qui en modulent la fabrique comme la réception. Cheminant à travers une vaste historiographie (histoire, histoire des sciences, histoire de l’art et anthropologie), l’introduction formule deux questionnements relatifs aux pratiques des acteurs et, en abyme, à celles des chercheurs : premièrement, au regard des missions édifiantes imparties à la justice en mondes communistes, comment apprécier les incidences de l’agrégation entre matériaux (audio)visuels et écrits sur le façonnage du spectacle judiciaire et son déchiffrage par ses destinataires ? Deuxièmement, comment explorer conjointement ces trois modalités distinctes de production et de restitution des procédures judiciaires ; quels savoirs leur conjonction est-elle susceptible de délivrer ? Cinq contributions portant sur des procédures menées devant des juridictions nationales (URSS, Tchécoslovaquie, Lettonie) ou internationales (Nuremberg), durant la période 1920-1960, apportent des réponses nuancées, réfutant la dichotomie entre procès pour crimes de guerre (à l’Ouest) et procès contre des opposants politiques (à l’Est).

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Les procès pour criminels de guerre et/ou à l’encontre d’opposants politiques à l’Est de l’Europe ont suscité une vaste littérature, longtemps otage des catégories normatives et des enjeux géopolitiques la guerre froide. Deux conséquences en sont résultées : une minoration de la contribution des États dits « soviétisés » (ou sur le point de le devenir) à la production des justices internationale et nationale et une intelligence des politiques judiciaires surdéterminée par la compétition Est-Ouest. La visée de ce dossier est plus spécifiquement de replacer les interrogations sur la captation filmique ou photographique de procédures judiciaires dans un questionnement ternaire sur les rapports entre écriture scripturaire des procès (les retranscriptions sténographiques des audiences en particulier dont nous disposons souvent), écriture visuelle (films et photographiques) et écriture sonore (enregistrements radiophoniques ou sonorisation des matières filmiques), des procédures judiciaires. Les cinq contributions de ce dossier ont pour objectif de fournir un apport à deux types de littérature : premièrement, sur l’histoire des procès intentés à des criminels de guerre, à leurs collaborateurs et/ou à des « ennemis intérieurs » ; deuxièmement, sur la production et les circulations des savoirs scripturaires, visuels et sonores – envisagés dans des perspectives nourries d’histoire culturelle, d’histoire des sciences et des sensibilités.

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La Bulgarie, alliée du Reich durant la Seconde Guerre mondiale, tire fierté d’avoir « sauvé » ses Juifs... Oui, mais les Juifs des territoires occupés par l’armée bulgare, en Macédoine du Vardar, dans la région de Pirot en Serbie et en Thrace occidentale, eux, ont été systématiquement déportés. Nadège Ragaru revient sur la construction de ce récit historique et de ses usages politiques. Propos recueillis par Laurent Geslin.

in Paroles d'histoire Publié en 2021-02-08
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Entretien avec Nadège Ragaru, par André Loez, autour de son ouvrage "« Et les Juifs bulgares furent sauvés… » Une histoire des savoirs sur la Shoah en Bulgarie", Paris, Presses de Sciences Po, 2020.

Profondément originale dans sa conception comme dans son écriture, cette enquête historique est une réflexion exemplaire sur les silences du passé. Exception en Europe, un État allié du Reich a refusé de déporter sa communauté juive. Cette image de la Bulgarie pendant la seconde guerre mondiale a prévalu jusque récemment, quitte à omettre que, dans les territoires de la Yougoslavie et de la Grèce occupés par ce pays entre 1941 et 1944, la quasi-totalité des Juifs ont été raflés, convoyés vers la Pologne et exterminés. Au terme d'une vaste enquête documentaire et archivistique, Nadège Ragaru reconstitue l’origine de ce qui a longtemps été tenu pour un socle de faits vrais parce que largement crus. Elle explique pourquoi une seule facette d’un passé complexe et contradictoire a fait l’objet d’une transmission prioritaire ; comment les déportations, sans être oblitérées, sont devenues secondaires dans les discours publics, les musées, les livres d’histoire et les arts ; comment la mise en écriture des persécutions contre les Juifs en Bulgarie s’est retrouvée l’otage de la guerre froide puis des luttes politiques et mémorielles de l’après-communisme dans les Balkans et le reste du monde. Profondément originale dans sa conception comme dans son écriture, cette enquête historique est une réflexion exemplaire sur les silences du passé.

in Site du CERI Publié en 2020-10-01
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Why such anger now ? What are the causes of such an explosion of anger this summer ? The social movement that has been going on in Bulgaria for over two months crystallised around a call for the resignations of both Prime Minister Boiko Borissov (GERB, right-wing populist) and Attorney Gernal Ivan Gechev. The protesters, united under the slogan, “Out with the Mafia!” are demanding early elections before the legislative elections scheduled for March 2021. Their movement has denounced elite arrogance, collusion between the political and economic spheres, political uses of justice, as well as corruption within the state apparatus. [First paragraph]

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La mobilisation sociale qui dure maintenant depuis plus de deux mois en Bulgarie s’est cristallisée autour d’une double demande de démission, du Premier ministre Bojko Borissov (GERB, droite populiste) et du procureur général, Ivan Gechev. Les manifestants, rassemblés autour du slogan « La mafia, dehors ! », exigent des élections anticipées, avant le scrutin législatif prévu en mars 2021. Leur mouvement se veut une dénonciation de l’arrogance des élites, des collusions entre milieux politiques et économiques, des usages politiques de la justice, ainsi que de la corruption au sein de l’appareil d’Etat. Pour en comprendre le déclenchement, il convient de considérer plusieurs échelles de temps, court terme et moyen terme. La distribution des protagonistes comprend des lanceurs d’alerte, des oligarques, des hommes politiques soupçonnés d’entretenir des relations illicites avec ces derniers et le Parquet. Les affrontements se jouent sur plusieurs scènes, politico-économique, partisane et judiciaire...

in La France et l’Europe médiane : construction des savoirs savants Sous la direction de MARÈS Antoine Publié en 2020-02
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[résumé de l'ouvrage] Ce volume vise à mieux cerner le monde français de l’enseignement supérieur et de la recherche comme producteur des savoirs sur l’Europe médiane – l’espace situé entre l’Allemagne et la Russie – en abordant leur production et leur transmission des années 1840 au XXIe siècle. Certaines institutions (École libre des sciences politiques, VIe section de l’EPHE, Langues’O et universités) ont joué un rôle capital dans ce domaine. Sans exclure les approches transversales, l’histoire, la géographie, la littérature et les sciences politiques ont été ici privilégiées. Les contributions combinent approches nationales et régionales (Europe baltique, centrale, balkanique ou orientale). Comment s’est structuré le champ ? Quels sont les champs disciplinaires concernés et comment évoluent-ils ? Quels sont les contenus des savoirs dispensés ou diffusés ? Quels sont les liens entre savoirs universitaires, savoirs savants et savoirs publics ? Quelles sont les relations entre milieux savants et pouvoirs publics ? Qui sont les acteurs ? Telles sont quelques-unes des questions sur lesquelles les auteurs ont été invités à se pencher. Une première synthèse et un premier bilan sur le sujet à travers des institutions et des parcours individuels.

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