Type
Article
Titre
L'Union européenne au regard du Kosovo : un Sisyphe à la puissance étriquée
Dans
Stratégique
Éditeur
FR : Institut de recherche stratégique de l’École militaire
ISSN
02240424
Résumé
FR
Dans le courant des années 1970, un débat émerge quant à la nature véritable de la construction européenne : est-elle à l’origine d’une puissance civile ou bien d’une superpuissance ? Deux analyses s’opposent en la matière, celle de Johann Galtung d’une part, et celle de Richard Maynes d’autre part. Politologue norvégien, le premier soutient que l’Europe cherche à établir un super-État et, par là, déploie des efforts dans le but de recréer une superpuissance3. Le monde doit redevenir eurocentrique et, dans cette perspective, sa division interne peut disparaître. Galtung considère que cette Europe possède déjà deux attributs de puissance : l’idéologie à travers le rayonnement des idées et de la culture, la rémunération grâce à la redistribution des biens. Le dernier attribut est d’ordre punitif. Il correspond à l’ensemble des éléments militaires visant l’expression de la force. L’Union ne détient pas encore ce troisième attribut, mais elle l’aura bientôt, prédit Johann Galtung. Enfin, l’auteur signale que ce qui constitue véritablement l’essence de la puissance, c’est de rendre dépendant. Un État n’acquiert une puissance qu’à la condition d’entretenir une relation de subordination, mais surtout de dépendance politique, économique et culturelle, avec d’autres États. Prenant le contre-pied de cette analyse, la position de Richard Maynes conçoit la construction européenne, en matière de relations internationales, comme un processus visant la création d’une puissance civile4. Il mobilise deux arguments principaux. Tout d’abord, l’Europe ne peut pas être une puissance militaire majeure sur le modèle national. Elle sera plutôt une unité de coopération pour un but particulier à chaque cas considéré. D’autre part, son rôle est d’ordre économique et civil puisque sa puissance relève avant tout de ce registre5. Plus de vingt ans plus tard, la crise du Kosovo en 1999, permet de prolonger ce débat. Quel rôle a joué l’Union au cours de cet épisode ? Est-elle apparue comme puissance civile ou bien comme puissance militaire ? Selon Stanley Hoffmann, l’Union européenne s’apparente à un Sisyphe : à chaque étape de sa construction, de nouveaux problèmes et de nouveaux handicaps surgissent6. Cette crise du Kosovo a-t-elle permis aux acteurs européens de se défaire définitivement d’une telle figure ? Au regard de cette crise particulière, trois leçons semblent se dégager : l’Union est cantonnée dans une puissance civile, incapable d’assumer les prérogatives d’une puissance militaire puisque demeurant tributaire de l’Alliance atlantique, et ce, bien que l’expérience en question semble engager un approfondissement de l’Europe en tant qu’unité politique dotée d’une compétence militaire. Par là, le cas du Kosovo ne fait que confirmer la figure du Sisyphe car mettant en relief une puissance européenne plutôt étriquée.

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
EXPORT