Type
Numéro de périodique
Titre
L'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Grèce) : nouvelles approches historiographiques des dictatures et de la transition démocratique (1960-2000)
Dans
Histoire@Politique
Auteur(s)
DULPHY Anne - École polytechnique (X) (Directeur de publication ou de collection)
TROUVÉ Matthieu - Sciences Po Bordeaux (IEP Bordeaux) (Directeur de publication ou de collection)
PEREIRA DA SILVA Victor - (Directeur de publication ou de collection)
Centre d'histoire de Sciences Po (Editeur scientifique)
Éditeur
FR : Centre d'histoire de Sciences Po
Numéro
29
Pages
en ligne p.
ISSN
19543670
Mots clés
Portugal, Estado Novo
Résumé
FR
"Ces dernières années, une copieuse production intellectuelle sur l’Estado Novo (l’État nouveau) a vu le jour, comprenant un éventail de genres allant de la recherche historique la plus rigoureuse et innovatrice à la publication de témoignages, de biographies, de mémoires de personnalités liées au régime (ou à l’opposition). Au milieu de cela, est également apparue une production d’objets culturels à destination de publics plus larges, véhiculés par la télévision et par la presse (comme ce fut le cas de la mini-série télévisée intitulée La vie privée de Salazar, réalisée en 2008) ou qui s’inscrivent dans un registre littéraire (nouvelles, pièces de théâtre et romans). La surabondance et la surexposition qui ont accompagné ce mouvement de récupération thématique de l’Estado Novo ne constituent cependant pas le signe incontestable d’une inhabituelle robustesse institutionnelle de l’historiographie contemporaine portugaise. Le transfert et l’inscription dans l’ « espace public » de thèmes, de personnages et de sigles qui, auparavant, étaient seulement liés à l’espace de l’historiographie interviennent plutôt en parallèle à un processus de révision de la place occupée par l’histoire au sein de la hiérarchie sociale des savoirs. L’histoire se trouve en effet dans une position subalterne relative et connaît une marginalisation à l’intérieur du champ des disciplines académiques, un mouvement qui semble inclure l’ensemble des sciences sociales. À la différence des savoirs liés aux domaines technologiques et scientifiques (la médecine et les sciences de l’ingénieur notamment), qui ont capté d’importants appuis étatiques (et privés) et qui promettent de meilleures perspectives de carrière, l’histoire semble avoir été exposée à une progressive érosion de ses privilèges académiques et professionnels. Tout d’abord, à cause de sa marginalisation relative dans les politiques de l’enseignement, en particulier par le biais de sa faible importance dans les curricula scolaires et les budgets étatiques. On assiste aussi à une grande porosité des frontières du métier d’historien, très perméables pour un ensemble de prétendants recrutés parmi les commentateurs médiatiques et les écrivains « à succès ». En somme, selon Luís Reis Torgal, la situation actuelle de l’histoire universitaire portugaise comme « discipline » semble préfigurer une conjoncture d’ample exposition à des principes d’hétéronomie symbolique, économique et politique. En fait, la hiérarchie de prestige des aires d’études universitaires (et des mondes professionnels qui leurs correspondent) place les « humanités », donc l’histoire, en bas. À la marge des appréciations personnelles et collectives sur les circonstances actuelles, potentiellement surchargées en termes politiques, il serait utile de tester et de contrôler de manière systématique l’hypothèse selon laquelle les pressions soudaines et les urgences en cours sont en train de changer la situation institutionnelle de l’histoire en tant que « discipline » (et « profession ») et, en même temps, de transformer les divisions et les orientations dominantes au sein de l’historiographie portugaise."

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
EXPORT