Type
Book review
Title
L'architecture de la domination. Un siècle de politiques du logement ouvrier à Bombay (1850-1950)
In
Genèses
Editor
FR
Volume
4
Number
93
Pages
169 - 175 p.
ISSN
11553219
Keywords
Bombay, Compagnie des Indes orientales, Logement populaire, Domination coloniale, Inde urbaine
Abstract
FR
A la différence d’autres métropoles indiennes au passé plus ancien (Delhi, Hyderabad, Ahmedabad...), la ville moderne de Bombay est une création du pouvoir colonial, portugais puis britannique. C’est ici que la Compagnie des Indes orientales, initialement basée à Surat, relocalise son quartier général à la fin du xviie siècle. Au cours des décennies suivantes, Bombay devient la tête de pont de cette entreprise mercantiliste, attirant dans son sillage des migrants venus de tout l’ouest de l’Inde, qui ne sont pas nécessairement issus de communautés marchandes mais qui sous le patronage du colonisateur se forgent rapidement une solide réputation de commerçants, à l’instar des Parsis zoroastriens. L’industrialisation de la ville, à partir de 1850, va encore renforcer l’effet d’attraction de cette économie urbaine florissante sur son hinterland rural. Dans la seconde moitié du xixe siècle, Bombay devient ainsi l’une des premières villes ouvrières de l’Inde, ses usines textiles employant à elles seules 73 000 travailleurs à la fin du siècle (sur une population totale de 821 764 personnes en 1891, contre seulement 221 550 en 1814). Les besoins en main-d’œuvre des industries naissantes sont pourtant en décalage avec les capacités d’hébergement, ce hiatus donnant naissance à un problème du logement lancinant, qui perdure aujourd’hui. La question du logement populaire n’en a pas moins été longtemps négligée par les historiens de la ville, le récent urban turn des études indiennes (jusqu’alors dominées par les travaux sur l’Inde rurale) n’ayant à cet égard guère changé la donne. C’est là la première originalité de l’ouvrage de Vanessa Caru, qui outre son sujet se singularise par ses ambitions théoriques et méthodologiques. À travers un siècle d’histoire des politiques du logement ouvrier à Bombay, l’auteure apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes de la domination coloniale, qui tout en faisant écho aux travaux de l’école subalterniste s’en singularise sur plusieurs points, notamment dans son rapport aux sources et dans sa conceptualisation de l’architecture, au sens propre comme figuré, de la domination coloniale. Car si cette domination s’exerce et se reproduit ici à travers une véritable politique urbaine, dont les contours se précisent à partir de la fin du xixe siècle, c’est aussi dans la matérialité du bâti - les matériaux de construction, la taille des fenêtres, l’emplacement des points d’eau, les systèmes d’évacuation des eaux usées et des ordures ménagères... - que se jouent les relations triangulaires entre l’État colonial, les élites indigènes et les castes et classes subalternes d’une Inde urbaine en plein mouvement. Bien que sous des modalités très différentes de celles du pays bamiléké étudié par Dominique Malaquais, l’environnement bâti fonctionne ici aussi comme un appareil de domination à part entière, dont l’analyse ouvre la voie à une compréhension des chemins toujours sinueux de la dissidence [Premier paragraphe]

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