Type
Numéro de périodique
Titre
Conceptualiser l’État contemporain
Dans
Revue française de sociologie
Auteur(s)
KING Desmond - (Directeur de publication ou de collection)
LE GALÈS Patrick - Centre d'études européennes et de politique comparée (Directeur de publication ou de collection)
Éditeur
FR : Presses de Sciences Po
Volume
52
Numéro
3
Pages
180 p.
ISSN
00352969
ISBN
9782708012950
Mots clés
État contemporain, Concept, État en recomposition
Résumé
FR
Ce numéro spécial de la Revue Française de Sociologie consacré à la sociologie de l’Etat est un peu différent des numéros habituels. Les articles regroupés dans ce numéro visent explicitement à présenter les débats récents concernant la conceptualisation de l’Etat en Europe et aux Etats-Unis. Ce parti pris, à notre sens nécessaire aujourd’hui, est la raison pour laquelle les articles présentés ne sont pas organisés autour de recherches empiriques même s’ils s’appuient sur des programmes de recherche empiriques conséquents qui sont référencés dans les textes. L’article « Sociologie de l’Etat en recomposition » de King et Le Galès présente une partie des travaux contemporains sur la recomposition de l’Etat, identifie une controverse autour des travaux de Pierre Birnbaum et passe en revue différentes conceptualisations de l’Etat. Ils suggèrent de comprendre les transformations des Etats contemporains à partir des résultats des travaux accumulés sur les questions de gouvernement et de politique publique. Les deux articles suivants de ce numéro sont consacrés aux caractéristiques à prendre en compte pour analyser l’Etat, à la définition de l’Etat, à la temporalité des changements. A partir des travaux considérables réalisés au sein du projet Transtate de Brême, Genshel et Zangl aborde de la question des transformations de l’Etat à partir de la question de l’exercice de l’autorité. Conformément à ce projet, ils analysent la transformation de l’Etat depuis les années 1970. Dans cet article très analytique et synthétique, ils rappellent les principales dynamiques de nationalisation de l’autorité politiques qui ont conduit au quasi monopole de l’Etat. De manière précise, ils documentent ensuite les processus de dénationalisation de l’autorité politique. Constatant à la fois de profondes transformations ainsi que la permanence de l’Etat, en relation avec les acteurs privés et les réseaux et organismes transnationaux, ils proposent une analyse profondément originale de la recomposition de l’Etat. Pour eux, l’Etat a perdu le monopole de l’exercice de l’autorité politique mais il demeure central en se transformant en administrateur de l’autorité politique, en interdépendance avec de multiples organisations. La thèse est séduisante, repose sur un ensemble de recherche synthétisées de manière très stylisée. A l’inverse, Paul Du Gay et Alan Scott, deux sociologues farouchement wébériens, rejettent cette périodisation des transformations. Ils prennent bien en compte les transformations de l’Etat et notamment le rôle croissant des politiques publiques au XXème siècle. Cependant, ils défendent un parti pris qui résulte d’un détour intellectuel passionnant qui mobilise l’école historique de Cambridge dont les travaux sur la généalogie de l’Etat font référence. Ils en déduisent une proposition radicale qui va à l’encontre de la piste de recherche défendue dans cette introduction : certes l’Etat peut être défini par ses activités, le gouvernement et les politiques publiques. Mais pour ces auteurs, et compte tenu de la confusion du débat sur l’Etat, il vaut mieux adopter une définition minimum de l’Etat, parcimonieuse à l’extrême, ne prenant en compte que les tâches liées au maintien de la souveraineté et de la sécurité intérieures et extérieures qui sont historiquement constitutives de l’État. En d’autres termes, ils reviennent à une conception essentialiste de l’Etat et propose d’analyse ce que fait l’Etat uniquement à partir du concept de gouvernement. Dans cette vision essentialiste de l’Etat, le changement n’intervient pas ou alors sur le très long terme, peu importe les transformations du capitalisme ou de l’Etat providence. Paul du Gay et Alan Scott relativisent donc les changements et plaident pour une distinction analytique entre régime (au sens d’Aron) et Etat afin de ne pas confondre changements de régime et longue durée de l’Etat. Ils utilisent enfin la définition de l’Etat d’un autre sociologue wébérien, Gianfranco Poggi pour justifier leur position radicale. L’article développe ensuite une analyse du changement à partir des ces différents concepts et notamment le régime d’Aron exemplifié par le modèle du keynésianisme privé de Colin Crouch. Il reste cependant un problème car les auteurs n’établissent pas de lien entre régime et Etat, mais l’article a le mérite d’apporter une solution limpide aux problèmes de définition de l’Etat. Par conséquent Desmond King et Robert Lieberman développent des pistes de recherche tirées de leurs propres travaux d’une part, de différents ouvrages analysant la formation et le développement de l’Etat aux Etats-Unis et dans d’autres régions du monde d’autre part, pour analyser l’Etat américain non pas comme un Etat faible mais comme un autre type d’Etat. Même si le travail n’est pas achevé, il s’agit d’une analyse novatrice et stimulante pour conceptualiser l’Etat sans être prisonnier des conditions de sa création d’une part, des variables classiques de l’Etat européen d’autre part. Les trois articles suivants sont consacrés aux variables prises en compte pour l’analyse de l’Etat dans les travaux contemporains et leur application à l’Etat aux Etats-Unis. King et Lieberman, s’appuyant sur des travaux novateurs, remettent largement en cause le modèle wébérien classique et ses catégories. Dans cet article novateur et s’appuyant également sur toute la littérature historique, sociologique et politiste américaine récente, ils proposent un modèle de caractérisation de l’Etat aux Etats-Unis qui permettent de sortir du paradoxe d’un Etat apparemment faible, du point de vue des critères classiques d’analyse de l’Etat, et pourtant très fort comme l’a montré le maintien de la ségrégation pendant presque un siècle. A l’inverse, Pierre Birnbaum réaffirme vigoureusement la fécondité de sa sociologie wébérienne de l’Etat à partir de l’exemple de la prise en compte de faits religieux en France et aux Etats-Unis. Il montre très finement le poids de la longue durée, et de la permanence d’un rapport entre religion et Etat qui demeure structurant et très différent dans les deux pays. Sarah Gensburger enfin, dans une revue de la littérature historique sur l’Etat aux Etats-Unis en France, fait apparaître la richesse de la production américaine qui a remis en cause « le mythe de l’Etat faible » à partir de nombreux travaux sur le développement d’agences et de segments de l’Etat. Elle montre dans le cas français à la fois le fait que les travaux consacrés à l’Etat ne sont pas très nombreux parmi les historiens mais qu’en revanche, tout un ensemble de travaux novateurs se dessinent depuis une dizaine d’année qui remettent en cause notamment la vision nationale de l’Etat français. La « boîte noire » de l’Etat a été réouverte à partir de travaux assez différents d’histoire politique analysant la fonction publique, le rapport entre administration et politique, le fonctionnement de l’Etat en temps ordinaire et en temps de crise, les régulations et les normes sans oublier l’impact de la colonisation ou les histoires spécifiques de différents ministères et de différentes politiques. Notons d’ailleurs que l’analyse des politiques publiques est centrale dans le renouveau des approches historiques de l’Etat, par exemple pour montrer le développement transnational de certaines politiques ce qui induit une analyse de l’Etat en termes d’histoire relationnelle. [Résumé éditeur]

CITATION BIBLIOGRAPHIQUE
EXPORT